A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Aubrac - Figeac

Carnets de route

16 Août 1999, samedi, Aubrac - Conques

Hier, nous avons emprunté une petite partie du GR "à rebrousse-poil", entre Montgros et Aumont Aubrac. Le parcours est sympathique, mais des barrières à ouvrir et surtout à refermer, j'en ai compté plus de dix. En se relayant bien dans cette tâche et en restant courtois avec les collègues, on s'évite d'inutiles eng...

7h00. Nuit difficile et pas vraiment reposante. Je suis debout le premier, j'ai le temps d'essorer le matériel. Il ne pleut plus mais l'atmosphère est chargée d'humidité. Le séchage attendra. Avec G., nous filons à Aubrac pour l'approvisionnement du jour pendant que les autres s'éveillent.

8h30. Les véhicules nous transportent à Aubrac, puisque nous avons effectué une bonne partie du trajet la veille, et là, nouvelles dissensions dans le club. Il y en a qui veulent aller visiter Laguiole et une coutellerie, il y en a qui préfèrent poursuivre le chemin et il y en a qui, comme d'habitude, ne savent pas trop. Comme solution, nous réutilisons la technique du "chacun fait…" qui continue de faire ses preuves. Ceux qui vont à Laguiole, on les attendra à St Côme d'Olt, à moins que ce ne soit le contraire s'ils mettent moins de temps que prévu.

9h00. C., R. et moi, nous attaquons la première partie de la descente sur St Côme. L'orage de la veille a rendu le chemin assez humide, mais comme nous sommes en été, l'eau s'évapore vite et nous parvenons à ne pas salir le maillot.
Jusqu'au hameau de Belvezét, la portion est aérienne et assez facile. Au-delà, comme le GR emprunte un ravin et que nous avons déjà pris un peu de retard, nous descendons par la petite route jusqu'à St Chély.

10h00. A St Chély, C. crève (c'est une habitude) et met beaucoup de temps à réparer (c'est aussi une habitude). Nous repartons, et je nous plante allègrement dans la direction. Demi tour après un bon quart d'heure d'inutile montée sur la route. Je croyais pouvoir court-circuiter un passage, c'est loupé. Nous reprenons le GR là où nous aurions toujours dû le prendre, c'est à dire en suivant le balisage. Mais nous venons encore de perdre beaucoup de temps et les autres vont nous attendre. Les copains me disent que ce n'est pas grave, qu'après tout ils n'ont qu'à faire comme tout le monde, etc… On continue sur le GR. Quelquefois, les copains ont raison. Ca arrive.

Good vibrations
La descente sur St Côme est technique, un peu humide, mais vraiment super. Et elle dure un bon moment : plus de 500m de dénivellé. Nous dépassons un grand nombre de pèlerins lourdement chargés et qui ont l'air de nous envier, je me demande bien pourquoi !? Nos machines font un tel boucan qu'ils sont prévenus de notre arrivée bien avant que nous soyons à leur hauteur. Cela ne nous empêche pas de ralentir et de formuler les salutations d'usage.

11h00. St Côme d'Olt, beaucoup de monde dans les rues, pétards, défilés, banderoles et fanfares, apparemment un félibre. En plus, le soleil se joint à la fête. Finalement, ceux de Laguiole arrivent en même temps que nous. Sur le parking, à la sortie de la ville, nous faisons une bonne pause casse croûte et en profitons pour sécher les toiles de tentes.

12h00. La vallée du Lot, chaude, ensoleillée, plate. Nous restons sur le chemin historique, en fait, la petite route rive gauche du Lot, ombragée et plate. Le GR, lui, attaque une remontée sur le plateau pour redescendre aussitôt sur Espalion. Je doute que la plupart des pèlerins ne l'emprunte. La descente nous ayant un peu meurtri le postérieur et cassé les jambes, l'idée de rester dans la vallée jusqu'à Espalion ne se discute même pas.
Espalion, petit tour rapide dans la ville et promenade sur le pont médiéval. En contrebas, un couple de mariés se fait photographier. C'est émouvant et bucolique. Nous admirons la scène.

"Comment ça, sortir de là !? " Nous sommes dans le champ du photographe et selon lui, nous ne cadrons pas avec le lieu. Quel mauvais esprit !

13h30. Après Espalion, toujours la vallée du Lot et sa petite route ombragée et plate. Le GR choisit encore de remonter sur le plateau, mais pas nous. Nous arrivons plus tôt à Estaing, ce qui nous laisse du temps pour visiter le village qui en vaut vraiment la peine. Changement de chauffeurs. Un seul volontaire suffit, car M. est désormais disponible toute la journée et il peut tenir un volant. Quelques kilomètres après Estaing, le GR monte à nouveau sur le plateau, mais là, on n'a pas le choix, il faut y aller car il n'y a pas la moindre route à la ronde.

15h00. La montée est sévère, un peu longue, et très ensoleillée. Elle commence en sentier, avec un peu de portage par ci par là et se termine sur une petite route bien exposée à la chaleur. C'est là que se mesurent les différences de condition physique (et d'âge) entre les cyclistes. Mais nous avons pris l'habitude de nous attendre en haut des côtes. Personne ne s'inquiète, même s'il se retrouve tout seul dans une montée. Les pèlerins piétons ont l'air de souffrir autant que moi, ça me rassure. Certains soufflent même très fort, je les entends quand je passe tout près d'eux. Le paysage a totalement changé. Nous sommes a présent dans une région plus verdoyante et bosselée. Au loin, on aperçoit encore la silhouette de l'Aubrac, et … un énorme nuage moutonneux qui nous annonce la suite des réjouissances.

A Golinhac, il fait toujours très beau et le gros nuage moutonneux semble paresseux. Je ferai le chauffeur jusqu'à Conques. Il faut arriver assez tôt pour trouver des places au camping.

18h00. Conques. Le camping du bas a encore des places disponibles. Je réserve les emplacements et ne résiste pas à l'appel de la piscine. M. ira seul faire les courses.
Le temps de me laver, me baigner, monter la tente et je reprends tranquillement le vélo pour remonter visiter la cité médiévale. Bien calculé. Les autres viennent à ma rencontre quand j'arrive au village. Ils craignaient que nous ne les ayons abandonnés. Visite à pied et "en solo" de ce site extraordinaire.

Soirée bien arrosée
Le soir, nous cédons à une visite guidée. Nous avons droit à une explication détaillée et rigoureuse sur le tympan de l'abbaye, ainsi qu'à des considérations hautement philosophiques sur les vitraux de Soulages. Tout cela en odorama - je soupçonne C. d'avoir voulu écourter à sa manière les explications un peu fastidieuses de notre guide - et aussi en son et lumière naturels : le gros nuage de l'après-midi a fini par se réveiller.
Avant d'attaquer la visite du cloître, et bien qu'ayant été largement prévenus, il s'abat sur nous à coup de grosses gouttes bien humides. De toutes manières, il est déjà minuit...

0h00. Au camping, le déluge commence. C'est la réplique parfaite de celui de la veille. Mêmes causes, mêmes effets. Je me retrouve à nouveau inondé ; il faut absolument que je change de tente l'année prochaine ! Je me réfugie dans le véhicule où dort F. Juste le temps de faire les 5 mètres qui me séparent de lui et me voilà trempé jusqu'aux au os et grelottant.

0h30. L'espace est exigu, j'ai les pieds dans le volant et la tête dans le frein à main. Je décide une nouvelle fois de me faire héberger par M. Pas de protestation, il a bon caractère M. !

________________________________________________________________________________________________________

17 Août , dimanche, Conques - Figeac

Les prévisions les plus optimistes, lors de la préparation de la rando, nous conduisaient à Conques au soir du troisième jour. Objectif atteint. Pourrons-nous aller jusqu'à Figeac avant de rentrer sur Bordeaux, et ainsi réaliser l'intégralité du projet ?

7h00. Nouveau réveil difficile après une nuit tout aussi difficile. Finalement, la tente de M. n'est pas aussi spacieuse que ça !

9h00. Impossible de suivre le GR dans la remontée après Conques. Même à pied, c'est sacrément raide. Ce sera la seule difficulté de la journée. Nous attaquons donc la remontée sur Noailhac par la route, au train (sauf pour un ou deux excités dont je tairai les noms), en guise d'échauffement. Le temps est couvert et frais pour la saison, mais il ne pleut pas et il n'y a pas de menace de pluie.
Une fois sur le plateau, le GR se calme. D'ailleurs, il emprunte une petite route très aérienne pendant plusieurs kilomètres avant de replonger sur Decazeville par une jolie et facile descente. Nous ne nous attardons pas dans le secteur, la ville ne présente pas beaucoup d'intérêt et nous avons donné rendez-vous aux deux chauffeurs à la sortie, dans un endroit apparemment bien identifié sur la carte.

11h00. En arrivant, grosse surprise! L'endroit ne correspond pas du tout à ce que j'avais imaginé d'après la carte. C'est couvert de HLM, et nous tournons en rond dans cette zone, un peu ridicules avec notre accoutrement, sans trouver les véhicules. Heureusement, G. va nous sauver la mise avec son portable puisque les chauffeurs ont le leur. Oui mais encore faut-il avoir mémorisé leur numéro, ce qui bien évidemment n'a pas été fait. Pratique et efficace le portable !....

Finalement, après une bonne demi heure de recherches tous azimuts, nous finissons par établir la jonction et décidons de pousser jusqu'à Livinhac par la route. Le ciel est maintenant bien dégagé, il commence même à faire chaud.

13h00. A Livinhac, ultime pause casse-croûte (la charcuterie de la place de l'église fait un pâté du tonnerre !) Ce sera la dernière étape de la rando. Pas de regret, quatre jours intenses sur le vélo avec en prime des nuits presque blanches, c'est assez éprouvant, autant physiquement que nerveusement. Le temps est idéal, du soleil mais pas de grosse chaleur.

14h00. Une dernière montée un peu rude sur Montredon, puis c'est de la balade bosselée sur du bon chemin. Les orages de ces derniers jours ont laissé plus de traces ici que sur l'Aubrac. Le sol est souvent détrempé, saturé d'eau par endroits et la mécanique commence sérieusement à souffrir. Je profite même d'une pause prolongée pour sortir et essuyer les câbles de frein qui répondent de plus en plus mal.

Le cable de dérailleur, quand à lui, est totalement grippé et je dois forcer sur les poignées pour passer les vitesses, pas vraiment pratique. Les pieds baignent dans l'eau froide depuis Montredon, les jambes se font dures. Il est temps d'arriver.

15h00. St Félix, j'abandonne le groupe. Plus rien ne fonctionne et je rejoins Figeac par la route, elle y descend toute seule. Figeac, la place de la cathédrale est déserte, il fait très beau. Les autres arrivent presque en même temps que moi : le chemin est très roulant et en plus ils se sont bien tiré la bourre, histoire une fois de plus de marquer le coup. Il en aura été ainsi à chaque arrivée d'étape, chaque sommet de cote, chaque passage de panneau… ! mais ça, je refuse d'en parler.
On se nettoie avec ce qui reste d'eau dans les jerricans, je fais un petit tour dans la cathédrale, il y fait très bon. Un peu de sérénité dans ce monde de ....
Nous attachons la remorque au véhicule avec l'antivol garanti hyper sécurité de G., qui en plus doit se mettre à gueuler si on le coupe (pas G., l'antivol). Un bon demi, et même un deuxième, plus une glace, nous attendent sous les halles. On se sépare. Ceux qui rentrent avec G. montent avec lui : au revoir et à bientôt sur les chemins de Gironde et du pays Basque.
M…de m…! G. est parti avec la clef de l'antivol. Course poursuite à pied dans les rues de Figeac, mais l'oiseau s'est envolé. Impossible de tourner le véhicule car l'antivol bloque la remorque. Nouvelle tentative avec le portable, cette fois, on a bien le numéro, mais... ça ne répond pas. Toujours aussi efficace le portable. Tant pis, aux grands maux les grands remèdes.
Mac Giver alias F. qui possède toujours plus d'une clé dans son sac, nous sort sa méga pince coupante à déchiqueter les barreaux de prison. Nous nous mettons en position de sécurité, prêts à enfourner l'antivol hurleur dans le véhicule et partir dare-dare, comme des voleurs. Je me prépare les oreilles au cas où, F. ajuste la pince et … Clac!
Un coup vif et net tranche l'animal qui émet... à peine un léger râle de protestation....G., tu t'es fait avoir !

17h30. Retour sur Bordeaux. A mes pieds, l'antivol grogne de temps en temps. Il poussera son dernier soupir après une heure d'agonie.

 

Le Puy - Aubrac

Accueil
Accueil

Cahors - Aire sur Adour