A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Entre Castille et Algérie

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Le temps s'est habillé de gris. Le vent souffle fort et comme nous montons de nouveau à 900m, il fait un froid glacial.

Je regrette de n'avoir pas pris des gants. Une onglée me pince les doigts. La lecture du topo-guide nous en a plus ou moins avertis : aujourd'hui… rien. Mais ce n'est pas vrai. Je pensais que la Meseta était un vrai désert. En fait c'est un désert d'habitants, mais la nature y est bien présente. L'immense champ de blé se mélange à des cultures, devenues chez nous inhabituelles, de lentilles et de pois chiches. Tout est bien ordonné en tons de vert sous le ciel uniformément gris.

Le sentier est rendu excessivement pénible par les traces imprimées par les roues des tracteurs agricoles. Les ornières sont profondes et les marques de pneus ont figé l'argile en des croisillons de terre qui rendent le pas malhabile. On est obligé de changer d'axe de progression à chaque pas, sauter d'un bourrelet de terre à l'autre pour rétablir l'équilibre ce qui, avec le sac n'est pas un exercice facile. De plus, le vent a pris de la force, et déséquilibre notre marche.

C'est ici, en pleine désolation, que nous rencontrons, pour la première fois un couple que nous saluons en français.

A la réponse, nous comprenons qu'il s'agit de français, et mieux de Corses et mieux encore de Pieds Noirs corses. Jean-Claude semble apprécier le paysage où nous nous trouvons en lui trouvant des similitudes avec… le plateau sétifien. C'est peut-être vrai, mais je n'ai de Sétif qu'une connaissance superficielle, vieille de bientôt quarante ans alors qu'ici, le paysage s'imprime en moi avec une force et une intensité que je ne suis pas près d'oublier.

Comme je n'oublierai plus ces deux amis qui nous accompagneront jusqu'au terme de notre voyage. Et la verve de Jean-Claude sera pour nous une source permanente de divertissement. Un premier vallon. C'est l'oasis de SAMBOL, agréable peupleraie dans laquelle se trouvent un petit refuge et une chapelle votive de forme en coupole qui évoque fortement l'architecture d'un marabout maure de la plus ancienne époque. Encore l'Algérie ! Décidément !!!

C'est ici qu'en 1673, un prêtre italien Laffi, qui a laissé des chroniques, raconte qu'il découvrit un Pèlerin en train d'être dévoré par une nuée de sauterelles. L'Algérie vous dis-je !!!

Nouvelle grimpée, assez rude sur la Meseta, et redescende vers un gros bourg, HONTANAS, en français, les Fontaines.

La première boutique rencontrée est un bar, plutôt un bric-à-brac où une sorte de gnome nous sert un café au lait pour arroser deux oeufs sur le plat et des sardines au vinaigre ! N'oublions pas qu'il est 9h30 du matin. Que ne mangerait-on pas lorsqu'on vient de parcourir 10km dans le froid glacial du plateau ?

Comment décrire les lieux. Estaminet très fin de XIXème s., véritable musée naturel. On y trouve, accrochés aux murs crasseux, des jougs antiques, des sonnailles, des pichets en bois, dans une atmosphère fumeuse, des gravures pieuses couvertes de chiures de mouches, sur le sol des tables branlantes, et tout cela peuplé de pèlerins affamés, rigolards et bons enfants. Ambiance garantie.

Le village est à l'image du bazar que nous venons de quitter. Nous descendons la rue principale, jonchée d'ordures et envahie par les herbes folles. Nous entrons dans l'église qui nous parait intéressante. Elle l'est, car ce sera la seule église sale et mal tenue que nous aurons vue en Espagne en deux mois de voyage

Jean Paul

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