A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Belorado - Leon

Carnets de route

19 Juillet 2001, jeudi, Belorado - Burgos - Castrojeriz

7h00, j'ouvre la fenêtre et aperçois un beau coin de ciel tout bleu. Mais en descendant, sitôt le nez dehors, un vent glacial balaye les rues désertes de Belorado. A l'horizon ouest, de gros nuages menaçants surgissent et foncent à toute allure vers le village.

Après un copieux petit déjeuner dans l'unique bar ouvert à cette heure, nous enfourchons nos montures et attaquons notre quatrième étape sur le camino. Le mauvais temps qui s'annonce ne démoralise pas le fiston qui pédale déjà bon train. Pour ma part, je crains de plus en plus l'humidité, tant pour moi-même que pour les VTT. En tout cas, le coupe-vent s'impose, 18 Juillet, en Castille ! Du jamais vu. "No es normal", disent les autochtones. Quand à notre ennemi juré, le vent, lui aussi est déjà de la partie. Il a la riche idée de se manifester dès les premiers coups de pédale. La journée promet d'être belle ! Heureusement, le chemin est parfois boisé ou bordé de haies qui nous abritent un peu de ses méfaits.
Quelques kilomètres seulement, et c'est déjà la pluie. Pas trop méchante, par bonheur. En plus, elle stimule le fiston alors que moi, elle me glace. La montée du col de la Pedraja se fait donc dans une atmosphère humide, mais le chemin reste très sec, c'est l'essentiel. Le guide nous promet un passage très venteux en haut du col. Je me demande ce que ça va donner aujourd'hui ! Et puis... en haut du col... pas plus de vent que dans la vallée ... et même moins.

Vers Hontanas

A San Juan de Ortega, nous effectuons une halte prolongée dans l'unique café du lieu, mais la pluie ne cesse pas. Il faut repartir. Belle descente sur Burgos dans une large vallée. A l'horizon, le ciel est bien plus clair, le vent vient de tomber, le soleil pointe au fur et à mesure que nous approchons de la ville.

Les faubourgs de Burgos, New York City, sirènes hurlantes, immenses immeubles et voitures dans tous les sens. Pas beaucoup de place ici pour le piéton, encore moins pour le cycliste. La cathédrale est fermée. Nous déjeunons rapide sur la place, mais elle n'ouvre toujours pas. Samuel est motivé pour le pédalage, il tient à repartir. Immédiatement. Adieu chefs d'oeuvre du monument. Un tel renoncement exige bien une compensation. Elle arrive par le biais d'un miracle météo : le ciel devient lumineux, le soleil pointe son nez et surtout, le vent a complètement disparu.
La montée sur la meseta, ce plateau du nord Castille entrecoupé de nombreuses vallées, est expédiée à toute allure. Sam est complètement déchaîné, le fiston a une pèche d'enfer. Et comme demain on annonce un retour de la chaleur, nous en profitons pour achever la traversée de la meseta à une température idéale pour un cycliste.

17h00, Castrojeriz. Nous venons de réaliser l'équivalent de 4 étapes pédestres en une journée, cela sans grande fatigue. L'hospitalero du gîte d'en bas nous demande d'attendre 20h00 pour savoir si nous pouvons bénéficier de son accueil.

Après force négociation, l'horaire limite est ramené à 18h30. Nous en profitons pour aller jeter un coup d'oeil au gîte d'en haut. Nous y trouvons une armée de jeunes filles en train de s'époumoner autour d'une guitare. Le dortoir est une immense salle commune dont tous les lits sont occupés par la bruyante troupe en question. Il ne reste que des matelas.
- Bon, euh... finalement... je crois qu'on ne risque guère à rester en bas !...

Il nous reste encore le temps de prendre un rafraîchissement. Samuel hésite à prendre une menthe à l'eau. Il change pour un "zumo de naranja", mais le zumo en question est gazeux, et le fiston n'aime pas les boissons gazeuses. Retour au gîte à l'heure dite, personne n'est arrivé depuis notre passage, et nous nous installons dans un dortoir confortable et propre, quasi inoccupé.
Face à nous, contemplatif et silencieux, un pèlerin marcheur est allongé sur sa couchette...

Les roulements du vélo donnent d'inquiétants signes de faiblesse et la chaîne a tendance à sécher très vite, il est urgent de réparer, car la bombe amenée à cet effet est déjà vide. Mais trouver une burette d'huile dans Castrojeriz relève de mission impossible, le seul magasin digne de ce nom dans le village n'en possède pas, et le commerçant me dit que je risque de ne pas en trouver ici. Près de l'église du haut, je remarque une enseigne avec le mot "quincaill..." dans la liste des activités commerciales proposées. Nous entrons ...

Le quincaillier de Castrojeriz
Derrière un comptoir vieux de plusieurs siècles, un homme entre deux âges, chaussé d'impressionnantes lunettes à gros carreaux, vérifie un stock de factures.
- Momento... ! sont ses premières paroles. Après les quelques instants que je suis obligé de lui concéder et qu'il met à profit pour achever le tri de sa paperasse, l'homme daigne me demander ce que je veux.
- Je cherche de l'huile pour le vélo, dis-je dans un espagnol presque parfait.
L'homme part dans sa boutique, une véritable caverne d'Ali Baba, où s'entassent pêle-mêle des objets d'un autre âge, des pommades, des tubes, des jouets déclassés, des ballons ... Lui seul peut savoir où se cache ce que cherche le client. En deux secondes, il me tend une énorme bombe d'un produit non identifié.
- Trop gros", lui dis-je, toujours dans un espagnol impeccable (à moins que ça ne soit le geste). La preuve, c'est qu'il repart à l'autre bout de la caverne et revient avec exactement ce que je cherchais : un burette d'huile aux dimensions nettement plus appropriées à l'espace alloué sur mon vélo. Et de conclure notre rencontre par une grande tape sur l'épaule :
- Tu vois, hombre, chez moi, tu trouves toujours ce que tu cherches !

22h00, retour au gîte, l'atmosphère est spartiate. La salle commune est fermée depuis depuis 21h30, chacun s'affaire silencieusement, on se demande bien à quoi. Le pèlerin silencieux est toujours là, 3 heures plus tard, dans la même position... A-t-il seulement bougé d'ici ?.

22h15, extinction des feux. "Silencio, por favor !..."

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20 Juillet, vendredi, Castrojeriz - Sahagun

Réveil monastique au gîte de Castrojeriz. Chants grégoriens en fond sonore et "buenos dias a todos !" Il est 6h00 du mat !!! J'aurais vraiment dû me méfier. Ce n'est pas pour rien qu'il est écrit sur une affiche "dégagez à 7h15" (traduction toute personnelle).

Mon voisin de lit, un allemand, à qui je disais que ce réveil fort matinal était quasi militaire me fait remarquer que "non, à cause de la musique". Petit déjeuner gracieux, mais terriblement frugal, sous la surveillance de l'hospitalera qui arpente la cantine, veillant avec le sourire aux besoins de chacun, mais n'ayant pour cause pas trop de boulot à faire : il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent et chacun doit faire sa vaisselle. En plus, le café et le lait ne sont pas dans des récipients séparés. Pas très bon pour le vélo tout ça ! Heureusement que nous avons pris nos précautions, et sur la table, nous étalons croissants et petits pains, carburant nécessaire au vététiste matinal. Les autres convives se précipitent sur notre pitance, croyant les gâteries incluses dans le petit déjeuner. Je leur fais remarquer poliment la nécessité impérieuse de les laisser à nos estomacs encore vides, et ils nous restituent notre bien. Mais un des convives, apparemment mal réveillé, ou bien n'entendant ni l'espagnol, ni l'anglais, s'appliquera à déguster le dernier croissant de la poche.

Retour à la chambrée pour dégager le lit et plier les affaires. Le pèlerin couché et silencieux d'hier en profite pour tester une dernière fois le confort de sa couchette, mais il est promptement descendu du lit par l'hospitalera. Vraiment bizarre, l'accueil.

Dans la dernière montée sur la meseta, juste après Castrojeriz, nous "abandonnons" nos voisins de chambrée, les deux vététistes allemands, trop lourdement chargés.
Rencontre devenue habituelle : deux jeunes vététistes cadets, sans le moindre bagage, qui nous avaient déjà doublés deux fois depuis Najera. Mais cette fois-ci, c'est nous qui les rattrapons, car ils roulent en compagnie d'un adulte âgé (j'apprendrai peu après qu'il a exactement le même âge que moi), en fait la personne qui les suivait en voiture depuis le départ et s'occupait de la balistique des deux missiles.

Ce sont des espagnols qui font le camino jusqu'à Fromista. Nous pédalerons un moment avec eux, tout en bavardant, le long du canal de Castille.

Le camino, fort heureusement, ne contourne plus Villalcazar de Sirga. L'église bâtie par les templiers est superbe. Nous visitons, puis repartons. Samuel qui vient de s'embarquer dans une mauvaise direction se retourne pour voir où je suis, tout en continuant à avancer.
Grave erreur !!!....

Les traîtrises du camino

Il emplâtre gaillardement une immense poubelle à roulettes qui avait glissé au milieu de la rue. Le choc est rude, le fiston complètement soufflé par l'explosion. Heureusement, plus de peur que de mal, mais la fin de l'étape se fera dans la douleur, plus morale que physique.
Quand je pense que depuis que nous faisons le camino et les sentiers de randonnée, jamais il n'a pris de gamelle, surtout pas dans les passages les plus difficiles. Comme quoi à VTT, la vigilence s'impose à chaque instant et le danger survient là où on l'attend le moins.

Le vent ne souffle plus, il fait très beau mais encore très frais, toujours anormalement frais, au point que je garderai un sous-vêtement long jusqu'à Sahagun, que nous atteignons sans histoire, mais après force lignes droites, vers 13h30. Il y a des places dans le gîte, mais pour notre dernière nuit, nous nous offrons un hôtel deux étoiles, juste en face de l'albergue. La chambre est correcte, mais l'accueil plutôt glacial.

Nous passons le reste de la journée en repos (Tour de France à la télé) et promenade dans les rues de la ville, entre visite des monuments et recherche de la meilleure gargote locale, l'appétit de Samuel s'aiguisant au fil des jours. Un passage à la gare nous permet d'avoir des renseignements pour le retour qu'il faudra découper en trois correspondances, l'express Leon - Pampelune refusant les vélos. Je me renseigne donc sur les horaires des trains Leon - Palencia, puis Palencia - Vitoria, et Vitoria - Pampelune. J'achète le trajet Palencia - Vitoria, car c'est un train régional avec réservation. En revanche, le guichetier nous annonce l'impossibilité d'acheter un billet Vitoria - Pampelune, mais je n'arriverai jamais à comprendre pourquoi...

Encore une histoire d'informatique probablement !

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Samedi 21 Juillet 2001, Sahagun - León

L'hôtel nous avait promis un réveil à 6h30. J'ouvre l'oeil à 6h45... Nous descendons, tout est fermé. Nous déjeunons dans un bar proche, puis remontons plier nos affaires. L'hôtel a daigné ouvrir ses portes entre temps.

Ultime étape et traversée de l'immense désert avant Leon, en tout cas pour les marcheurs. Désolé pour eux, mais, nous avalerons les 35 km du trajet Sahagun - Mancilla en moins de deux heures, alors que certains marcheurs ont besoin de deux jours.

Les villages de Castille ont des airs de Far West. Avant goût de la civilisation urbaine autour de Villarette où le camino disparaît au profit d'une RN dangereuse. Ultime grimpette sur la colline dominant Leon. Le fiston me carbonise et me flanque 200m dans la vue sur 500m de montée. Hier, Armstrong a fait le même coup à Ullrich, mais la comparaison s'arrêtera là.

A l'albergue de León, je fais tamponner la compostella et nous profitons de cet ultime accueil pour nous laver et reprendre une tenue civile. Nous filons à la gare acheter ce qui nous manque de billets, mais effectivement, là aussi impossible d'avoir le billet Vitoria - Pampelune, il faudra s'adresser au contrôleur une fois dans le train, car le temps de correspondance est très court.
La cathédrale est un grand chef d'oeuvre. Un mariage de riches y est célébré, il y a du beau monde, et une chorale accompagne la cérémonie. Nous ne disposons que d'une heure. L'année prochaine, nous devrions partir d'ici, et nous pourrons consacrer plus de temps à la visite de cette très jolie ville.

14h45, via 3, le train de Palencia est à l'heure et le dernier wagon possède un espace pour les vélos.

16h00, sur le quai de Palencia, je profite de cet arrêt pour tenter l'achat du billet manquant et oh miracle ! ici c'est possible. Les mystères de l'informatique... Le train pour Burgos - Vitoria arrive. Nous grimpons à l'intérieur, trouvons le bon wagon et les places numérotées, mais il n'y a pas d'espace pour les VTT que nous calons dans la zone des bagages. Passage du contrôleur qui nous demande si les vélos sont bien à nous. Nous ne devons pas être dans ce train, car c'est un express, le régional est juste derrière. Il faudra descendre à Burgos et remonter dans l'autre train.
19h00 : Vitoria, le train pour Pampelune est à l'heure, c'est un régional avec wagon pour vélos.
20h00 : la gare de Pampelune est loin du centre, heureusement que nous avons les vélos. Auparking, la voiture est toujours là. Dernier repas dans une rue très animée du centre ville, puis retour à la maison.

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