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La gare de Canfranc

Une vision surréaliste au coeur des Pyrénées aragonaises

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Le pèlerin-randonneur qui chemine sur la voie d'Arles, après avoir grimpé puis redescendu le col du Somport par un sentier bien raide, vient de franchir une des étapes les plus difficiles de son chemin. Dans sa progression vers Jaca, capitale du haut Aragon espagnol, une vision étonnante s'offre à lui, au cœur d'une vallée sauvage et déserte.

Des dizaines de voies, des quais interminables, 365 fenêtres pour 220 mètres de façade, une plate forme longue de 1200 mètres…, la deuxième gare d'Europe par ses dimensions au fond d'une vallée pyrénéenne. Tout cela pour un seul omnibus par jour ! Qu'est-ce qui peut bien justifier une telle démesure ?

Canfranc estacion, dans les années 30

En 1915, après bien des tergiversations et en pleine guerre mondiale, commencent les travaux de réalisation d'une ligne ferroviaire par le col du Somport, destinée à assurer la liaison entre les villes de Pau (France) et Saragosse (Espagne). Des travaux gigantesques : il faut détourner le cour du Rio Aragon, amener des tonnes de terre et de rochers, planter des centaines de sapins sur les flancs de la montagne pour se protéger des avalanches.

Pour résoudre les problèmes de la montée sous la montagne, on a même creusé une œuvre unique : un tunnel hélicoïdal ! Une gare internationale doit parachever l'ouvrage. Elle sera construite côté espagnol, à Canfranc, et achevée en 1925.

Entre 1928, date de mise en circulation du premier train, et 1970, le trafic aura bien du mal à se développer, victime de problèmes économiques mais aussi politiques entre la France et l'Espagne. En fait, jamais la ligne n'atteindra le développement attendu, tant sur le plan marchandises que voyageurs.

Le samedi 27 Mars 1970, un convoi chargé de maïs s'engage dans les premières pentes, côté français. Des problèmes de voltage sur le réseau, pas assez de puissance… Au plus fort de la montée, le mécano est obligé d'arrêter sa machine en urgence. Faute de moyens pour bloquer l'engin, voilà tout l'ensemble qui se met à dévaler la pente en marche arrière. Les mécanos n'ont que le temps de sauter. A près de 150 km/h, le convoi fracasse un pont et dans un tonnerre épouvantable finit sa course dans le torrent… La ligne ne sera jamais restaurée. Elle est aujourd'hui livrée aux ronces et à la rouille.

Depuis, la route s'est rapidement substituée au rail. L'affrontement entre partisans et détracteurs d'un tunnel routier sous le Somport s'est terminé par la victoire des pro-tunnel. Mais les mentalités évoluant vite, la réouverture de la liaison ferroviaire, perçue au départ comme une utopie écologiste, reste malgré tout à l'ordre du jour.

Gare de Canfranc aujourd'hui

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