A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Le talon d'achille du pèlerin

Textes choisis

Vers 14h30, après une "presque" sieste dans ce lieu agréable, nous repartons sur ce que les topos-guides appellent : le désert.

Il s'agit en fait d'une succession de champs agricoles, principalement de blé, entrecoupés de vignes et de champs d'asperges. Le sentier est large et plat, masi il n'y aura aucune agglomération sur les 12 kilomètres qu'il nous reste à parcourir.

Vers Los Arcos

Il fait chaud et beau et notre pas est rapide malgré le mal aux pieds dont il nous a bien fallu nous accomoder jusque là. Nous arrivons à Los Arcos par le Nord, en descente, pour nous engager dans une longue rue droite, la Calle Mayor fraîche et ombragée, jusqu'à la grande place Santa Marìa au pied de l'Eglise du même nom. Nous passons sous la porte voûtée qui débouche sur le rìo Odròn. Le refuge est en face, dans des bâtiments préfabriqués qui ont dû servir d'école. Tout est mort, bien sûr, il n'est pas 16h30 et nous ne retrouvons de vie qu'en rentrant à l'albergue.

Celle ci est tenue par un couple de belges qui font marcher ça comme une caserne. Tant mieux d'ailleurs car il y a du monde. Du monde d'un peu partout : Un groupe de jeunes cyclistes mexicains, des argentins, des français, des italiens, des allemands, des espagnols forcément. Justement, nous partagerons notre chambre avec deux espagnols, jeunes qui viennent, je crois me souvenir, de Barcelone et qui ont projeté d'atteindre Santiago par étapes de 40 kilomètres par jour ! Au moment où nous entrons dans la chambre, ils piquent une sieste, mais après un moment, il s'éveillent et entreprennent de soigner leurs pieds.

Mon Dieu. Quelle horreur ! Leurs pieds ne sont qu'une plaie sanguinolente.

Mais comment font-ils ? Quant je compare avec notre situation, je trouve que nous sommes en pleine forme. Pourtant nos pieds nous font réellement souffrir. J'ai un début d'infection à une ampoule sous l'ongle du petit orteil du pied droit et Colette est obligée d'aller à la pharmacie du village pour acheter un désinfectant. Miracle, celle ci est ouverte, mais il restera à accomplir un deuxième miracle. Ce sera de guérir, et alors là…

Cela ne nous empèche pas de ressortir pour aller visiter l'église Santa Marìa. La visite de ce magnifique monument nous apporte plusieurs enseignements. Primo, c'est que si nous voulons visiter des églises, il faut le faire en soirée, généralement après 20heures. Elles sont, pour la plupart, fermées dans la journée. Secundo, toutes ces églises sont immenses, absolument disproportionnées par rapport à l'importance des villages où elles sont implantées. Il semble qu'elles aient été construites pour deux ou trois fois la quantité d'habitants des villages. Pourquoi ? Mystère, mais j'espère avoir un jour la réponse à cette question.

A remarquer aussi que ces églises, bâties pour la plupart aux XIème, XIIème et XIIIème siècles présentent toutes les caractéristiques de l'architecture romane, ce n'est pas une surprise, mais les lignes sont pures, les intérieurs sont en général dénués de décors sauf pour les murs de fond d'autels, souvent baroques qui sont alors surchargés de dorures.

Ultime constatation, souvent le balcon, occupé chez nous par la chorale et l'orgue, est ici réservé au chapître qui surplombe de ce fait la congrégation. C'est justement du balcon que nous admirons l'église Santa Marìa. Nous y méditerons pendant un long moment dans le calme et le silence d'un énorme vaisseau totalement désert. Repas du soir dans une bodega et dodo vers 21heures.

... Réveil à 5heures à cause du bruit fait par les deux marcheurs marathoniens. C'est devenu, pour ceux qui veulent s'assurer qu'ils trouveront bien de la place dans les refuges, une obligation de partir très tôt, de marcher vite, sans s'arrêter trop. En effet, en cette année Jacquaire, les refuges sont de plus en plus pleins et nous avons déjà assisté à des refus de réservations.

Pour nous, nous ne nous inquiètons pas car nous avons depuis le début envisagé la solution de rechange des Hostals… Rendormis un peu, nous nous levons à 7heures et nous nous mettons en route à 8heures. Nos pieds aussi se sont réveillés. Nous parcourons cent mètres à peine, juste le temps de retourner jusqu'au rìo Odrón, et nous sommes obligés de changer nos pansements. Pour la première fois j'entends Colette se plaindre, ce qui change d'avec moi qui me plains sans arrêt.

Tiens, parlons en. Savez-vous à quoi sert le petit orteil du pied droit ?

A rien me direz vous. Et vous auriez sans doute raison dans une situation normale, mais ceci n'est pas une situation normale. Aussi dois-je vous expliquer à quoi sert le petit orteil du pied droit. Lorsqu'il va bien. Il ne sert à rien, et vous aviez raison. Lorsqu'on y a trois ampoules, une tout au bout, une sur le côté extérieur et une sous l'ongle, il sert à marcher en vous appuyant sur la partie gauche du pied. Du coup vous attrapez mal sous le gros orteil et sous son coussinet, qui supportent tout le poids du corps au moment de l'appui pour lancer le pas. En conséquence directe de ce qui précède, vous vous collez une tendinite au tendon de la voûte plantaire, et comme vous tentez de soulager l'avant du pied et que votre pied ne porte plus bien à plat sur le sol, vous attrapez aussi une tendinite au tendon d'achille.

Cela fait si vite si mal que votre cheville en est tout endolorie, tout comme l'extérieur du mollet qui donne des signes de début de crampes. Ce qui vous incite à vous appuyer moins sur la jambe droite mais vous marchez alors en vous déhanchant… Vous boitez, en quelque sorte ! Evidemment vous vous en ressentez au niveau des genoux et des reins où, pourtant, vous n'aviez plus rien depuis plusieurs jours. C'est forcément le moral qui en prend un coup et vous n'avancez plus. Et lorsque vous avez bien étudié tout ça, et que votre épouse soudain vous dit qu'elle a une ampoule sur le petit orteil du pied gauche, il est inutile de lui demander si ça va aller.

Vous le savez bien où ça va aller ! Pourvu que ça aille ! Ouille !

Jean Paul

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