A VTT sur les chemins de Compostelle
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De l'apogée au déclin

Au XVIII° siècle, on se méfie des pèlerins

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Pas très claires les raisons qui poussent un dénommé Guillaume Manier, en 1746, à partir à pied pour Compostelle. Dans le journal qu'il nous a laissé, aucune motivation spirituelle n'est évoquée. En réalité, il semble que Guillaume n'ait accompli son périple (il est ensuite allé à Rome) que pour fuir un créancier. De plus, pour pouvoir cheminer, il lui faudra obtenir un laisser passer spécial qu'il devra faire reconnaître aux autorités civiles et religieuses tout au long du parcours… Au XVIII° siècle, on se méfie des pèlerins.

Signe des temps, cette dérive du pèlerinage est le résultat d'un lent processus de dégradation. Une combinaison de facteurs culturels, économiques, historiques, philosophiques, a conduit à la perte progressive du pouvoir religieux et de l'influence de l'église sur le peuple de France, à la désagrégation lente mais inexorable du mythe de Compostelle.

Au XII° siècle, (comment pourrait-on parler d'apogée sans statistiques) le pèlerinage pour Compostelle est une sorte de phénomène de société : tout le monde y songe, certains le réalisent. Les motivations des pèlerins sont simples : accomplir un acte de foi, même si certains pèlerinages relèvent parfois d'une condamnation civile. Les infrastructures (routes, ponts, hôpitaux, monastères…) se multiplient tout au long du chemin et contribuent ainsi au développement économique et culturel des cités étapes et des régions traversées. Mais cette prospérité, revers de la médaille, va attirer aussi bon nombre de filous, brigands et voleurs.

En peu de temps, l'image originelle du pèlerinage se détériore. Profitant de l'aubaine, de faux pèlerins vont se glisser, abusant de l'hospitalité des uns, arrachant la bourse des autres, transformant parfois les chemins en véritable coupe-gorge.

Au XVI° siècle, ce qui passait encore pour un élan de foi devient tour à tour aux yeux d'Erasme, de Rabelais, de Luther, de la crédulité et de la superstition… A cela s'ajoute l'inquisition espagnole qui contribue à dissuader certains candidats au voyage. Le rationalisme des Lumières finit de mettre à mal la pensée "romantique" et merveilleuse du Moyen Age. Finalement, le marcheur de Compostelle se transforme en suspect et au XVIII° siècle, il faut à la fois de sérieuses motivations et de solides autorisations pour entreprendre le voyage.

Au milieu du XIX°, après avoir connu quelques courtes périodes de regain, on peut dire qu'il n'existe quasiment plus : seulement 40 pèlerins recensés à Compostelle le 25 Juillet 1867, jour de la St Jacques.

En 1878, survient un petit "miracle" qui tombe bien. On retrouve les reliques qui avaient été cachées lors de l'expédition en Galice du corsaire anglais Drake. Malgré les critiques d'éminents historiens, la découverte est officialisée, six ans plus tard, par le pape Léon XIII. Un coup pour rien, car des "apparitions miraculeuses" à Lourdes et Fatima, deux guerres mondiales et une guerre civile, viennent étouffer ce qui aurait pu constituer une ultime renaissance.

Depuis un demi siècle, et plus particulièrement depuis ces 10 dernières années, chacun constate l'accroissement de la fréquentation des chemins. Mais si en 2000, autant de pèlerins sont passés à Roncevaux qu'il y a 800 ans, ce n'est plus vraiment pour les mêmes motivations, et ni sous la même forme. En 1987, la reconnaissance par l'UNESCO des chemins de Compostelle comme "premier itinéraire culturel européen" y est certainement pour beaucoup.
Nul doute qu'elle a lancé sur les chemins au moins autant de randonneurs, passionnés d'histoire, de vieilles pierres, d'art et de culture, que d'authentiques pèlerins.

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