A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Frappez et on vous ouvrira

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L'auberge espagnole, mythe ou réalité ? Beaucoup de surprises pour les pèlerins habitués aux fastes de la cuisine française. Extrait d'un récit de voyage à Santiago signé d'un pèlerin du XVIII° siècle.

Nous reprîmes notre marche pour arriver le même jour dans la ville de Saint-Jacques en Compostelle.

Nous étions indiqués à descendre au meilleur auberge de la ville pour y loger ; donc ayant frappé plusieurs coups à la porte, on nous demanda enfin ce que nous souhaitions. Loger, répondîmes-nous. Alors on nous demanda de l'argent pour acheter de la chandelle, ce qui nous surprit beaucoup ; puis on nous conduisit au 3°étage dans un grand galetas bordé d'un côté de plusieurs alcôves, et de l'autre côté d'une grande table de réfectoire entourée de bancs. On y trouvait aussi quelques chaises de bois. On nous demanda encore de l'argent pour acheter du pain, du vin et des oeufs. Comme nous étions fort fatigués, nous songeâmes aussi à faire préparer nos lits. Chacun s'empara d'une alcôve.

Grand Dieu ! Quelle malpropreté ! Les matelas semblaient rembourrés avec des coques de noix, les couvertures étaient dégoûtantes, les vases pleins d'ordure, etc... Trois servantes dans cette maison n'avaient pas honte de dire que les Français étaient bien délicats, parce que, par belles paroles ou par menaces, nous les engageâmes à nous approprier notre appartement et nos lits.

On changea de tout. On nous mit de beaux draps blancs ornés de dentelles à l'espagnole, enfin on fit, je crois, plus que des efforts pour nous contenter en nous donnant cependant peu de choses mais, comment faire dans un pays où on ne peut pas être autrement, les espagnols ne voyageant guère et fréquentant peu les auberges, sinon quelques tavernes où on vend du vin.

C'est pourquoi ceux qui ont affaire à voyager se précautionnent en portant des vivres au moins pour la journée. Après avoir fait collation, nous appelâmes l'hôtesse pour lui dire de nous acheter nos provisions pour deux ou trois jours. Elle en prit note par écrit et demanda de l'argent pour payer.

Le lendemain, 11 avril, jour de Pâques, nous fîmes un peu longs en toilette parce que nous ressentions encore la fatigue du voyage, et il nous fallut espérer longtemps le barbier et le perruquier, qui sont deux corps séparés. Pendant ce temps, nous veillâmes un peu à la cuisine qui était bien triste, et nous fûmes fort embarrassés pour faire rôtir du veau et de la volaille. Les ustensiles manquaient et on ne savait pas faire une gardiane. Notre repas fut préparé en partie par nous-mêmes, avec le soin de le faire cuire. Car, quoique la dévotion était l'objet de notre voyage, il fallait aussi avoir soin de nos estomacs.

BERNARD, pèlerin en 1757

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