A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Livre d'or pour une cruche d'eau

Textes choisis

Nous traversons la rivière sur le pont roman dont les indentations nous permettent d'éviter de nous faire prendre par les véhicules qui nous foncent dessus.

Nous longeons la rive sud du rio, au pied des collines où le Sentier a été tracé. La piste, agréable, nous fait passer au bas des villages, sans y pénétrer. J'en fais la remarque à Colette. C'est de loin que nous voyons Arres, aussi décidons nous qu'au prochain village, nous ferons le détour afin de voir à quoi ressemblent les villages de cette région de l'Aragòn. Chose dite...

Quelques kilomètres plus loin, nous voilà à Martes au pied d'un raidillon d'un kilomètre que nous absorbons en soufflant un peu, pour arriver dans un village vide, sans commerce, sans vie. Nous faisons le tour de la très vieille église où sont gravées dans certaines pierres, les traces des Pèlerins antiques : déjà les tags. Mais, l'église est fermée. Il ne nous reste qu'à repartir. Devant une ferme, habitée celle-là, nous sommes renseignés par une personne : pour rattraper le bon chemin, prenez le raccourci à gauche juste après le cimetière. D'accord, nous prenons le raccourci, beau chemin dans les blés que nous longeons sur près d'un kilomètre, et qui se termine... en cul de sac au bout d'un champ.

Demi tour, sous la pluie qui s'est mise à tomber. Exercice de "sortie-rentrée" des ponchos car les grosses gouttes ne sont tombées que le temps de nous faire peur.

Le ciel était de plomb. Il nous semblait que la grêle allait nous frapper et nous n'étions pas les seuls à le croire puisque de l'autre côté du rìo Aragòn, on entend taper le canon à grêle. Coup d' œil sur la carte et nous apprenons que le gros village que nous y apercevons se nomme Berdun. Pas étonnant qu'il y ait une telle canonnade. Souvenez vous qu'ici le B se prononce V. Alors, Berdun, Verdun...

Berdun

Nous garderons Berdun en vue toute la journée.
Martes ne nous laissera pas un souvenir impérissable.
Retour sur le Sentier, bien entretenu, large, gravillonné comme dans un jardin japonais.

Nous avançons d'un bon pas. Par contre, il fait soif. Nous n'avons pas vu un seul point d'eau pour remplir nos gourdes et nous comptons bien nous arrêter à Mianos, notre prochaine escale. Le paysage des jeux de lumières sur les champs de blés ne nous ralentit guère.

Nous voici au pied de Mianos, lorsque nous passons devant une belle bâtisse signalée par une gourde de pèlerin suspendue dans les branches basses d'un arbre en face du portail. Sur la façade, le sigle, en faïence bleue et blanche, de la coquille Saint Jacques nous confirme que nous sommes devant la propriété de quelqu'un qui s'intéresse aux Pèlerins. Nous entrons pour remplir nos bouteilles. Il n'y a personne. Mais par contre deux ou trois énormes chiens et une bonne quinzaine de chats. Colette qui a peur des chiens, m'encourage du geste. "Vas-y ! Vas-y !" Je dois ressembler, de loin, à Daniel, car voici que les lions, pardon, les molosses viennent me lécher les mains.

Voilà aussi qu'un homme arrive en claudiquant sur le chemin. C'est le propriétaire des lieux qui est tout marri de nous avoir manqués à notre arrivée. Il s'en excuse et nous fait entrer sur sa terrasse. Vite, il va chercher deux verres, et un cruchon d'eau glacée qu'il garde dans son frigo pour offrir aux passants.

Il y a comme cela des gens, tout au long du Chemin de Compostelle, qui gardent la tradition d'accueil et d'entraide propre aux pèlerinages de jadis. Mais Monsieur Peralta, c'est son nom, est semble-t-il, une véritable institution. Sans doute, les Associations de pèlerins se transmettent elles le mot, car le livre d'or qu'il nous donne à signer est rempli de noms, de remerciements, de petits poèmes, de citations écrits par les centaines et les centaines de marcheurs qui sont passés chez lui.

Peut-être ont-ils tous, comme nous, été intrigués par le signalement intelligemment placé devant sa porte?

Gens de toutes sortes, gens de tous pays, gens sans doute de toutes conditions, mais tous pèlerins de Compostelle, des espagnols, des anglais, des allemands, des tas de français, d'italiens, jusqu'à des américains et même un japonais ont laissé dans ce magnifique document plus gros qu'un livre de messe, recouvert de cuir et doré sur tranche, le souvenir de leur passage. C'est étrange comme je me sens désarmé par tant de gentillesse, tant de tranquille certitude dans sa foi. J'inscris moi aussi quelques mots, mais comme cela me semble fade et pauvrement vide à côté des trésors de poésie et de noblesse que certains ont spontanément inscrits. Pauvreté du pouvoir d'expression de ma part. Ou blocage devant tant de grandeur dont je me sens incapable. Mais je garde dans mon cœur, et je sais que Colette est comme moi, le plus merveilleux souvenir de cette humble halte. Rien que pour ça, nous avons bien

Jean-Paul

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