A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Cuisine locale

Textes choisis

Très ancien village sur le Chemin de Compostelle, Azofra est construit au sommet d'une petite colline et le chemin passe vraiment en plein au sommet.

L'église, beau monument en pierres, est de proportions plus réduites qu'à l'accoutumée. Contre le bâtiment, une construction est appuyée au mur ainsi que cela se faisait au Moyen Age. A l'époque, il n'était pas rare de trouver des habitations accolées aux églises.

Deux raisons, je pense, pour cela : La place était mesurée à l'intérieur des remparts et il fallait se serrer au maximum en utilisant tout l'espace disponible, et aussi, on avait l'impression, en restant contre l'église, d'être sous une plus proche protection divine. Or, surprise, notre refuge est justement là ! La bâtisse est modeste mais fort sympathique. Le refuge est tenu par une dame agée, seule, Doña Marìa, qui gère le tout avec un cœur gros comme ça !

Par contre, on n'y trouve pas le confort et la propreté des autres refuges et alberghe que nous avons connus tout au long du chemin.

Chambres petites et encombrées où nous trouvons deux châlits supérieurs dans une chambre minuscule pour huit, oui HUIT personnes. Hygiène de fortune mais la salle de séjour-cuisine, est bien sympathique. Un couple d'australiens, dans la soixantaine, y est installé. Elle, écrit, lui, dessine dans le calme. Après avoir fait connaissance, nous apprenons qu'ils n'effectuent qu'une dizaine de kilomètres à pieds par jour. Ils accumulent des masses de documents, notes et dessins, qu'ils mettent à jour à l'étape, et dont ils se serviront au retour en Australie, pour écrire un livre sur Compostelle. Après avoir noté et dessiné, ils prennent des autocars locaux ou des taxis pour terminer leurs étapes. Sympa..

Bon, nous avons quelque chose pour dormir. C'est bien. Il nous reste à trouver quelque chose pour manger ce soir et tout sera pour le mieux… Doña Marìa nous indique un restaurant dans la partie basse du village. Nous y allons et il nous paraît assez sympathique pour que nous nous y installions. Au menu du Pèlerin : Poivrons farçis, les "Pimientos Rellenos". Une spécialité locale. Super. Après avoir pris sa commande, la restauratrice va chercher nos portions de poivrons…industriels, dans le congélateur qui se trouve dans la salle même du restaurant. Adieu spécialités maison ! Mais encore une fois, cela aussi c'est le Chemin de Saint Jacques. Il n'y a pas que des 4 étoiles. D'autant qu'en définitive, c'était bien bon.

Nous remontons au refuge... 

Au moment où nous nous faisons à l'idée que la nuit ne sera peut être pas trop agréable, dans ce refuge peu confortable, voilà que déboule le groupe d'italiens, et les deux espagnoles qui nous ont "tenu compagnie" la veille à Navarette. Aussitôt, le refuge devient une annexe du port de Naples : cris, chansons, odeurs de cuisine pas désagréables au demeurant puisqu'italiennes, mais nous sommes certains que nous en aurons pour jusqu'au moins une heure ou deux du matin, malgré le couvre-feux règlementaire, de 10 heures du soir.

Le refuge est complet. Nous n'avons, je l'ai précisé, qu'un lit superieur, si difficile à atteindre que je me demande comment nous allons pouvoir grimper jusque là-haut.

Nous avons fraternisé avec le groupe des italiens et d'autres personnes continuent à arriver. La vieille dame ne se démonte pas. Aux nouveaux arrivants elle propose un arrangement : elle peut les loger dans une "annexe' de l'autre côté de la rue, une ancienne bâtisse qui n'était autre que l'ancienne salle des fêtes du village avec bar à l'étage.

En compagnie d'un autrichien qui venait d'arriver, nous allons voir à quoi ça ressemble. La maison semble solide. Grande façade armoiriée et escaliers monumentaux. Mais à l'intérieur, c'est la ruine… jusqu'au deuxième étage où une large salle a éte sobrement aménagée. C'est l'ancien bar. Il y a encore le comptoir et l'on a aligné dans la pièce une vingtaine de lits militaires de campagne.

Confort minimum. Fenêtres aux vitres cassées, poussière, planchers à la propreté aussi antique que les murs, couvertures à odeur de rance non équivoque… eh bien figurez vous que : oui ! nous avons préféré ça, à la chaude hospitalité et à l'atmosphère bruyante du refuge et nous avons décidé d'y transporter nos pénates. Des pigeons et des moineaux ont établi domicile dans les poutres des étages supérieurs mais cela ne devrait pas nous déranger.

Je ne puis m'empècher de penser aux difficultés sans nombre que nous causaient les Services de Sécurité, Pompiers, Socotec, pour définir les mesures disproportionnées de Sécurité dans le cadre de notre commerce de … 40 m². Je me marre… Nous passerons une nuit calme, sans eau ni électricité. Mais nous en étions avertis.

L'amusant de l'histoire c'est que, pris de besoins au cours de la nuit, ne disposant pas de sanitaires, nous sommes retournés au refuge pour nous y trouver une solution à nos problèmes. Surprise, surprise ! Les autres nous ont oubliés. C'est fermé. Mais qui ont été les plus surpris ? Ce sont les habitants des lieux qui ont vu les Pèlerins de Saint Jacques baisser culotte dans le tas de sable d'un chantier, au plein centre du village, en pleine rue !!! Le dernier coup de minuit, au clocher a coïncidé avec la fin du geste.

Quels souvenirs !

 Jean Paul

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