A VTT sur les chemins de Compostelle
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Le confort rudimentaire des salles de garde

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La responsable du gîte vient d'un village voisin, nous sommes les premiers arrivés et elle nous ouvre la porte de la Tour.

En face de l'entrée, se trouvent les lieux de discorde de la nuit prochaine : les sanitaires... Nous montons les escaliers à la suite de notre aimable guide qui nous indique qu'il y a trois étages de dortoirs, et au second étage une salle commune. Il nous est expliqué que nous sommes les premiers arrivés et qu'en conséquence nous pouvons choisir notre étage. L'escalier en colimaçon ayant des marches d'époque, c'est-à-dire hautes et inégales, nous décidons de nous arrêter au premier étage. Les normes d'habitation moderne sont installées, de manière rudimentaire, mais il y a dans les pièces installées en dortoir des lits superposés et des tables assorties de bancs.

Au premier étage où nous nous installons, le décor est resté moyenâgeux. La pièce aux murs de pierre comporte une meurtrière pourvue d'une fenêtre qui donne sur l'église.
L'angle d'un mur est occupé par un " potager ", sorte de cuisinière du Moyen-Age. Une auge de pierre encastrée dans le mur recevait les braises de la cheminée et juste au-dessus de ce réservoir de braises, une énorme pierre, creusée de deux trous ronds, recevait pots et caquelons où cuisaient potages et ragoûts. Nous sommes manifestement dans la salle des gardes juste au-dessus de l'entrée de la tour. Une table entourée de bancs, un grand lit et deux lits superposés forment le mobilier. Nous sommes en été, il fait presque froid dans cette pièce, et nous évoquons la vie que menaient les habitants de la tour, jadis, avec très certainement des périodes de grand froid dans cette région.

Nous nous installons rudimentairement et adoptons le grand lit avec plusieurs couvertures ajoutées à nos duvets.

Nous entendons arriver dans l'escalier les marcheurs suivants qui s'installent dans les dortoirs des étages supérieurs. Une confusion se crée dans l'escalier, car des touristes croyant visiter un monument historique montent et entrent dans les pièces où emménagent les groupes de marcheurs. Nous serons obligés d'expliquer jusqu'à la nuit tombée, à bon nombre de touristes, qu'il s'agit d'un gîte d'étape qui ne se visite pas. Un brouhaha se crée ensuite dans l'escalier où s'agglutinent les hôtes du gîte qui souhaitent prendre une douche.

Michel, qui s'était manifesté dans les premiers candidats aux ablutions du soir, revient en m'expliquant que ce sera difficile et long pour que je puisse y accéder, car il n'existe qu'une douche pour une trentaine de pensionnaires. Essayant de descendre prendre une douche, je serai d'ailleurs " doublée " dans l'escalier par un quadragénaire plus rapide que moi qui m'affirmera en plus qu'il a retenu " la place suivante " pour l'un de ses amis. Je préfère en rire et retourne dans notre chambre de gardes pour écrire quelques lignes dans mon carnet de route en attendant que cesse l'heure de pointe.

Je constaterai plus tard que la douche est unique mais que les commodités sont également réduites à la portion congrue avec deux sanitaires. Ce problème d'hygiène amènera quantité de récriminations durant la nuit et le petit matin, avec des débatteurs très animés dans l'escalier se promettant d'écrire "à la Fédération".

Pour l'heure, nous décidons d'aller dîner et nous rendons chez G... pour y goûter "l'aligot du siècle".

Malgré une note un peu trop élevée pour quelques saucisses grillées accompagnées d'une purée, nous passerons là une soirée divertissante où Michel refusera le baptême de l'aligot. G... se vengera sur l'un des randonneurs qui occupent une table très gaie, un groupe d'enseignants, en le couronnant largement d'un bandeau d'aligot fondant. Peu rancunière, G... offrira malgré tout à Michel son diplôme de "Maistre Dégustateur d'Aligot", document que nous conservons soigneusement.

Nous échangerons quelques idées et souvenirs sur le Chemin et ses usagers avec elle en fin de soirée, en louant ses qualités professionnelles, cuisine et marketing. Elle est chaleureuse et amène, et ses anecdotes et souvenirs pourraient faire la trame d'une étude sociologique passionnante sur les différents types de pèlerins et randonneurs.

Nous regagnons notre gîte d'époque où la nuit sera folklorique avec quelques pensionnaires qui se tromperont d'étage ou rateront une des marches d'inégale hauteur...

Quoiqu'il en soit ce gîte nous laissera des souvenirs joyeux et vivaces, et nous retrouverons les jours suivants sur le Chemin, et dans les étapes du soir, deux petits groupes de randonneurs très sympathiques qui auront partagé avec nous la " Tour des Anglais. "

Marie-Odile

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