A VTT sur les chemins de Compostelle
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Les Landes de Gascogne

"ce pays désolé où l'on manque de tout... ! "

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Jusqu'au siècle dernier, la région qui s'étendait de la pointe du Médoc jusqu'aux rives du fleuve Adour n'était pas, comme aujourd'hui, recouverte par l'immense forêt de pins, la plus grande d'Europe. Son aspect actuel ne date que du XIX° siècle, époque à laquelle fut plantée la majeure partie du massif. Plusieurs raisons justifiaient cette gigantesque entreprise : aménager une zone marécageuse, jugée insalubre pour cause de malaria et de paludisme, transformer des terrains acides et incultes en terres cultivables, lancer une activité qui permette le développement économique d'une des régions les plus pauvres de France : industrie du bois et récolte de la résine, destinée entre autres à l'industrie chimique naissante.

Les jacquets du Moyen Age, partis de Paris ou de Tours, le long de la via Turonensis, redoutaient la traversée des Landes. Au XII° siècle Aimery Picaud, dans son livre sur les Chemins de Compostelle, en fait une description carrément effrayante : "ce pays désolé où l'on manque de tout, nourriture et eau" et où le pèlerin "risque à chaque pas de disparaître dans les sables mouvants". Il n'y manque plus que le château de Dracula. Cette réputation de terre inhospitalière perdura au fil de siècles.

Guillaume Manier, pèlerin en 1726, raconte.
"Départ de Bordeaux. Le 27 (Septembre) au matin, avons parti de cette ville pour aller à Saint Genès, au pont de Talence, à Saint Jacques, où est un petit bois de cyprès, de là à Gradignan () l'entrée des grandes Landes, où se fait près de 30 lieux sans trouver autre que deux ou trois maisons de distance à autre. Il y a des temps où les eaux sont fort hautes, dont les vachers et autres qui gardent les bestiaux, sont obligés de marcher avec des échasses de trois ou quatre pieds de hauteur de l'eau, et le soir, ils ont des huttes faites exprès pour y mener coucher leurs bestiaux. C'est le pays le plus ennuyeux du monde. Enfin nous fûmes jusqu'à la Poste, où nous avons couché sur le foin."

Autre témoignage, Saint-Amans, voyageur en 1826.
"Il n'est peut-être aucun pays en Europe où les eaux soient plus mauvaises que dans les landes. Pendant l'hiver tout y est submergé ; c'est l'aspect du déluge universel. Dans les autres saisons, c'est, à la vérité, souvent le tableau de la plus complète sécheresse. Les eaux ont disparu, mais elles sont restées presque au niveau du sol, et la terre n'est pas moins durablement abreuvée. (...) Pour peu que les routes soient enfoncées, elles deviennent des mares, des cloaques, où le voyageur nage avec son cheval, où il se débat au risque de périr quelquefois dans une eau noire et fétide. Partout s'offrent, dans le printemps et l'automne, des flaques d'eau colorées par la tourbe qu'elle tient en dissolution, et des espèces d'étangs qui gènent souvent les communications les plus indispensables. Ces sont encore ces eaux stagnantes qui, par leurs exhalaisons, causent les fièvres endémiques presque continuelles et si funestes, qu'elles attaquent les sources de la vie et produisent la dégénération des habitants".

Berger landais au début du siècle

L'entrée des Landes par la via Turonensis, voie de Paris à Compostelle, je la connais très bien. Elle se fait tout à côté de chez moi. C'est donc mon terrain d'entraînement habituel. A première vue, la grande forêt peut paraître "ennuyeuse", comme le dit Guillaume Manier, avec ses interminables alignements de pins et cette terre aussi plate qu'un terrain de football.

Pays de grands espaces, les Landes réservent pourtant de belles surprises à celui qui saura prendre le temps de les découvrir : lagunes cachées, lieux d'habitat d'une faune riche et parfois étonnante ; présence discrète mais permanente de l'homme qui entretient ici la plus grande forêt d'Europe ; habitat traditionnel plein de caractère, fermes avec leurs façades à colombages et leurs toits de chaume, entourées par l'airial, ce vaste espace en prairie et bosquets de chênes.

Et puis, n'oublions pas la gastronomie. Il est bien loin le pays hostile que décrivait Aimery Picaud. Aujourd'hui, foies gras, magrets et confits ont remplacé la soupe de fèves et de glands. Le pèlerin moderne saura facilement débusquer, dans chacun des villages landais, îlots dispersés au milieu de la forêt, un de ces petits restaurants locaux qui, pour un prix modique, vous en mettront vraiment "plein la lampe".

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