A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Lodève - Toulouse

Carnets de route

Lundi 26 juillet 2004, Lodève - Saint Gervais sur Mare

Pas vraiment le courage de faire un long voyage en train de nuit pour réaliser une des sections que j'avais envisagées tout au long de l'année (Vèzelay - Limoges, Genève - Le Puy...) C'est presque au dernier moment que je décide d'effectuer, toujours en solo, cette partie de la voie d'Arles. Je profite d'une fenêtre météo très favorable (du soleil mais pas de canicule comme l'année dernière !) pour partir, ayant même allégé mon sac à dos du poids du Kway. Si cela continue, je finirai par passer en-dessous des 4 kilos !

Lodève, petite ville de la France profonde, est oubliée des moyens de communication, impossible d'y arriver avec le vélo autrement que par la route. Le train régional me dépose donc au Bousquet d'Orb, étape sur le GR 653, gare perdue à mi-chemin de la ligne Béziers - Millau. Perdue est bien le mot. Le bâtiment est à moitié en ruine, volets clos, des herbes folles que balaie la tramontane envahissent le quai, et le chant des cigales remplace le sifflet du chef de gare. Etrange impression d'arriver nulle part. L'ambiance me rappelle immédiatement la première scène du film "Il était une fois dans l'ouest", cow-boys et pétards en moins. Mais qu'est-ce que je suis venu faire ici ? !

Coup de téléphone au gîte de Saint Gervais : il reste une place, dans la roulotte, pour moi tout seul. Génial ! Je vais pouvoir remonter par la route jusqu'au col de la Baraque de Bral, tout au-dessus de Lodève et entamer le parcours d'un peu plus loin. La responsable du gîte, à l'autre bout du fil, a un peu de mal à comprendre mon plan.

Je redescends donc sur le Bousquet par le chemin d'Arles, fraîchement mais succintement balisé. Une barrière mal placée en travers du chemin me renvoie d'ailleurs 1 kilomètre plus loin sur un ravin. Pas grave, du moment que c'est dans une portion en descente. Retour au Bousquet par Joncels et Lunas, mais les chemins cévenols sont caillouteux et de violentes rafales de vent cherchent à m'envoyer dans les buissons. Prudence.

Le Bousquet d'Orb : retour à la case départ. Les courbes de niveau sur la carte montrent que les premiers kilomètres de sentier sont à fort risque de portage, chose que, par expériences douloureuses, je cherche toujours à éviter. Je grimpe jusqu'au faubourg St Martin et avise un autochtone qui me confirme mes présomptions. Une bonne demi-heure de poussette dans la garrigue, le soleil et les cailloux, très peu pour moi..

- Vous faites le chemin de Compostelle ?
- Oui, jusqu'à Toulouse.
- Venez avec moi...

Merci pour la visite
Et il m'entraîne vers son garage, transformé depuis longtemps en atelier. Des sculptures sur bois l'ont envahi, sur les thèmes de la région, objets et personnages. Dans un coin, une collection de bourdons, mais je n'en ai pas besoin. Pas peu fier de lui, l'homme me montre sa dernière oeuvre en cours : on s'en serait douté, un pèlerin presque grandeur nature. Merci pour la visite... et l'eau dans le bidon.


J'avais prévu d'arriver vers 18 heures au gîte de Saint Gervais sur Mare, mais l'étape est en longues montées et je serai un peu en retard. Dès ce premier jour je goûte à ce qui m'attend pour le reste du parcours : l'immense solitude du chemin. Mieux vaut être prudent car il n'y a personne là-haut, vraiment personne. Heureusement, bien que caillouteux et montagneux, le parcours ne présente pas de grosses difficultés techniques. Mais quelquefois, une petite inquiétude tente de m'attraper quand après un ou deux kilomètres, je ne vois toujours pas les marques rouges et blanches du GR. Et si je n'étais pas au bon endroit ?...

Dîner et soirée au gîte de St Gervais, en compagnie d'une sympathique famille rennaise qui sillonne la région avec deux ânes. C'est un projet de vacances de plus en plus exploité dans la région. Quand au responsable du gîte, c'est un vététiste pratiquant. Pas de problème pour le terrain de la discussion. La soirée file toute seule et la roulotte est confortable. Merci pour l'accueil.

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Mardi 27 juillet 2004, Saint Gervais sur Mare - Anglès

Petit déjeuner en compagnie de la responsable du gîte qui tient absolument à tamponner ma crédentiale (c'est un truc que j'oublie tout le temps !). Cela lui fait plus plaisir à elle qu'à moi. Nous discutons un peu du parcours, des difficultés des étapes suivantes et du balisage auquel elle participe en tant qu'adhérente FFRP. Je me souviens tout à coup que dans la discussion d'hier soir, j'ai stupidement balancé sur la faiblesse du balisage dans le secteur !...
Je file avec la honte derrière moi, seul évènement notoire d'une journée entière de pédalage, toujours dans d'immenses solitudes forestières et d'interminables cols à franchir. Mais l'effort physique et la concentration permanente me font complètement oublier le temps. Il fait beau, le vent est fort mais frais, et la journée passe vite malgré l'intense sentiment de solitude. J'expérimente tout de même un passage très âpre en portage, juste à la sortie de St Gervais, râlant après coup sur mon indicible curiosité qui me pousse à aller sur des chemins que je devine pourtant impraticables. Le passage sur le versant atlantique du parcours ouvre l'horizon et découvre les paysages. Superbe. Je m'y sens un peu plus chez moi.

A la Salvetat, je passe un coup de fil à la mairie d'Anglès. Le gîte municipal de 3 places est libre, j'y serai seul.
- Pour la clé, demandez au café sur la place si vous arrivez après 17h30.
Si je n'avais pas fait une boucle complète dans la forêt à cause d'une balise loupée, je serais bien arrivé dans les délais !

- Normalement, la clé du gîte, je ne la donne que les week-end, quand la mairie est fermée !
Un peu réticente, la patronne du bar. Et ses vagues explications ne me permettent pas de trouver mon hébergement.
- Pardon madame, savez-vous où se trouve le gîte municipal des pèlerins?
- C'est vous que j'ai eu tout à l'heure au téléphone ?
m'explique la dame, seule personne rencontrée dans le secteur, je travaille à la mairie. J'ai droit à une visite guidée du gîte, mais elle sera très rapide en raison de l'exiguité des lieux.

Dans le livre d'or du gîte d'Anglès
24 juillet 2004
Merci pour l'accueil et désolée pour les toilettes.
Monique

J'aurais dû vérifier l'état de la tinette en présence de la responsable municipale car, bien entendu, c'est bouché. Désolé pour cet épisode scatologique, mais il a pourtant bien sa place dans ce carnet. Je tire la châsse d'eau, pensant que la pression évacuera le tout. Erreur ! Cela me coûte une heure de serpillère !

Et encore, je vous épargne les odeurs...

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Mercredi 28 juillet 2004, Anglés - Naurouze

Réveil matinal et frais, mais le temps s'annonce superbe, le vent a profité de la nuit pour s'éclipser.

Dans le livre d'or du gîte d'Anglès
28 juillet 2004
Chère Monique. Merci d'avoir bouché les ch... du gîte, je ne te raconte pas comment j'ai dû procéder ce matin. Je te signale que je fais le chemin à VTT, alors si je te rattrape, je te garantis que tu auras de mes nouvelles !
Dominique

La descente sur Castres, c'est la récompense des journées d'effort qui précèdent l'étape. Inoubliable, le top du top pour le vététiste, délicieusement interminable. Mais en revanche, comme je plains les pieds des pauvres marcheurs. Le paysage s'ouvre de plus en plus, le ciel est lumineux, et les bosses toujours aussi sévères ! Un régal. Petit tour dans la ville, avec ses étonnantes maisons à encorbellement au-dessus de l'Agout, puis retour vers la campagne. Le bruit de fond de la civilisation urbaine, je l'avais oublié et il me revient trop brusquement à la figure.

Long cheminement, près de 40 kilomètres, au bord de la Rigole, ce cours d'eau artificiel creusé au XVII° siècle par un ingénieur un peu fada, afin d'alimenter en eau le projet tout aussi fada pour l'époque de canal du Midi. Le parcours, géographiquement intéressant, partage des eaux des bassins Atlantique et Méditerranée, manque curieusement de saveur. Ce n'est qu'une simple formalité pour moi, qui se résume à un mal un peu plus prononcé au postérieur en raison de la position assise permanente que nécessite la platitude du parcours (mais aussi à cause des kilomètres précédents).

Là aussi, je plains les marcheurs, surtout le marcheur du jour, unique pèlerin rencontré depuis mon départ. Heureusement que notre astucieux ingénieur (ou ses successeurs) a fait planter des arbres tout le long du trajet.

Le gîte du Moulin de Naurouze n'a que son répondeur au bout du fil. Tant pis, je tente quand même l'hébergement là-bas. Sur le papier, c'est ce qui me paraît le plus intéressant. Il reste quelques places dans le dortoir, je peux m'y installer sans problème. Andrew, l'anglais de service qui fait aussi office de patron, vous y accueille, une bouteille de bière dans la main et le pastis dans l'autre, comme pour les copains.

Soirée en compagnie de familles qui font le canal du midi à vélo, par étapes. Le gîte, superbe moulin restauré avec persévérance et passion par Andrew, est un sympathique carrefour de randonneurs et de pèlerins.

Gîte de Naurouze

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Jeudi 29 juillet 2004, Naurouze - Toulouse

Dernière journée, plus de 250 kilomètres au compteur du vélo, mais les jambes tiennent la forme et je me sens d'humeur à attaquer les grimpettes du GR jusqu'à Toulouse.

Je tire la clochette car Andrew m'avait promis un petit dèj à 8 heures, et rien ne bouge dans le secteur. J'ai bien fait car il m'avoue une panne de réveil, incident que je soupçonne plus fréquent qu'il ne veut bien le dire. Lui aussi tient absolument à tamponner ma crédentiale.

Je cherche le GR, nouvellement balisé depuis l'édition de ma carte, cette fois de l'autre côté du canal. Je tournicote pas mal du côté de Villefranche de Lauragais, descendant puis remontant les mêmes pentes, à la recherche de balises aléatoires dont je ne possède pas le tracé. Finalement j'opte pour la solution du repli le long du canal, jusqu'à Montgiscard. Bien m'en prend car ces 25 kilomètres me permettent d'en déguster l'atmosphère, même si le bourdonnement de l'autoroute gâche un peu le plaisir.

Montgiscard : retour des grimpettes pour achever l'arrivée sur Toulouse. Grimpettes, sacrées grimpettes. Il faut avoir les quilles bien affutées pour entreprendre cette étape car les bosses sont terribles, mais c'est du pur VTT, comme j'aime. Cela me laisse à peine le temps de méditer sur la douloureuse problématique du vététiste : celui qui attend du goudron quand c'est du chaos de chemin et du chaos de chemin quand c'est du goudron, de la descente quand ça monte et de la montée quand ça descend, du froid quand il fait chaud et du chaud quand il fait froid... la liste serait bien longue.

Petit fond de vallée, un sentier étroit pour attaquer la remontée. Le coup de patin fait sursauter une marcheuse qui se trouvait plantée là et que je ne m'attendais point à rencontrer en travers de ma route.

- Je suis contente de vous voir, je cherche mon itinéraire car j'ai du mal à comprendre les explications du guide et je ne sais pas bien si je suis sur le bon chemin.
Super vététiste GPS qui a toujours sa carte sur le porte guidon la rassure en pointant du doigt le lieu où elle se trouve et ce qui lui reste à faire pour atteindre son but. Nous bavardons de choses et d'autres.
- Merci, je m'appelle Monique.
Monique, Monique, Monique !!! Ca y est, c'est elle, je suis sûr que je la tiens !

Vers la résolution de l'énigme
Sherlock Holmes : vous avez bien dormi au gîte d'Anglès la nuit du 24 juillet ?
Monique (très étonnée) : oui, comment le savez-vous ?
Sherlock Holmes : et les toilettes du gîte, c'est bien vous qui les avez bouchées ?

Monique (l'air déconfit) : c'est moi, je suis désolée, mais comment savez-vous celà ?
Sherlock Holmes : là, c'est mon métier madame. (Bon, j'en rajoute un peu)

Et de m'expliquer en détail qu'elle ignorait que le papier à portée de main était en fait incompatible avec le sanibroyeur, qu'elle avait aussi laissé un mot dans la boîte aux lettres de la mairie, qu'elle était vraiment navrée de la situation...
Allez, tu es pardonnée, et puis ma vengeance, je l'ai eue, involontairement quand même, puisque tu m'as avoué que mon arrivée inopinée dans ce passage étroit t'avait bien fait sursauter.

Content d'arriver à Toulouse, par une fin de chemin en montagnes russes, sur de sacrés raidars. Après trois journées de ce régime, c'est la cerise sur le gâteau, et il faut être bien motivé pour pouvoir la déguster. De quoi me plaindrais-je, puisque j'aime toujours autant ça !

Toulouse

 

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