A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

La surpopulation des gîtes

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Mercredi 17 Mai 2000 : de BELORADO à SAN JUAN DE ORTEGA.

Nous rejoignons une large voie coupe-feu dans la forêt de reboisement. Nous la suivons sur 6km et dès 14h, nous parvenons à SAN JUAN DE ORTEGA. Drôle de personnage que ce San Juan là. C'était l'adjoint de Domingo, vous voyez, celui de la Calzada. Il passa sa vie à construire des églises et des ponts le long du Camino, à entretenir le Sentier et à faciliter le lent cheminement des Pèlerins de l'époque. Lui même avait accompli le pèlerinage à Jérusalem. Un exploit pour son temps. Il vécut au XIème et je doute qu'il ait été salarié par la D.D.E même espagnole, de l'époque,.

De quoi vivaient-ils les bâtisseurs de l'An Mil ? Je ne sais. Mais ce que je sais, c'est que beaucoup ont été béatifiés. Et sans doute n'est-ce que justice. Mais lui, ce San Juan, il devait être quelqu'un de réellement particulier. En effet, alors qu'il avait déjà pris de l'âge, un de ses amis qui l'admirait beaucoup et qui était pour lui un vrai mécène, fit construire en sa faveur un tombeau de marbre blanc, véritable dentelle de pierre d'une finesse remarquable et merveille de l'art funéraire. On se croirait en présence d'une œuvre exécutée pour la fiancée du Grand Moghol au Taj Mahal. Eh bien savez-vous ce que fit Juan, qui n'était pas encore San ?

Il remercia, avec effusion certes, mais il fit admettre à son ami que, bien que flatté par le cadeau, il préfèrait dormir son dernier sommeil dans un cercueil tout simple, un sarcophage taillé dans la pierre locale. Si bien qu'aujourd'hui, les deux cercueils voisinent : l'un, l'admirable cénotaphe, au rez de chaussée, l'autre, le caillou nu, dans la crypte, encore de nos jours entretenu et fleuri par des adorateurs fidèles.

Nous n'avons pas réussi à savoir au juste si des moines vivaient encore dans ce monastère de style roman, mais ce qui ne fait aucun doute, c'est qu'il est aujourd'hui envahi par les pèlerins. Situé à 16km de Villafranca Montes de Oca, et pratiquement seul lieu d'hébergement (sauf un tout petit refuge à 7 km d'ici à Atapuerca), il est un point de halte "obligé" et forme une étape idéale. Enfin, d'idéale, il n'a que le nom.

Comme on le dit, sur le Chemin de Santiago, on ne peut émettre d'exigence. On se contente de ce qu'il y a et l'on donne ce que l'on a.

Atapuerca

Oui, mais ici il n'y a vraiment pas grand chose, mis à part les lits. C'est déjà beaucoup me direz-vous ! Bondé. Ça déborde même ! Si bien que plusieurs personnes doivent coucher par terre sur des matelas alignés à leur disposition dans le réfectoire.

Du coup, la fameuse soupe à l'aïl, qui est d'habitude offerte aux passants, ne peut ce soir être servie. Et nous n'étions qu'au milieu du mois de Mai. Dehors il faisait terriblement froid et au fond, même un peu serrés, il était appréciable d'être à l'abri.

Ce qui comptait, c'est que dès le premier jour nous étions replongés dans l'atmosphère particulière du Camino. Autour de nous, des gens de toutes nationalités, des actifs, des jeunes et des retraités récents. Plusieurs couples, beaucoup de petits groupes de femmes seules, des anglaises, des brésiliennes. C'est ici, dès ce premier soir que nous ferons connaissance de ces québecquoises Nicole et Normande, qui deviendront nos amies.

Plusieurs sont, entre eux de vieilles connaissances puisqu'ils cheminent côte à côte depuis 4, 5, 8 jours !!! Certains vont continuer ensemble jusqu'au but, à Compostelle, où ils comptent parvenir pour Pentecôte, le 11 Juin. De nombreuses personnes envisagent d'effectuer, comme nous le voyage en deux ou trois périodes et Burgos, notre prochaine étape est un point de coupure assez habituellement choisi.

San Juan de Ortega

Nuit courte. Les gens se couchent tard. Ils ont tant à se dire ! Le lever, par contre, se fait tôt. Il y a tant à faire! Dans ces dortoirs bourrés où beaucoup ronflent puissamment, on entend toutes les histoires dans toutes les langues, on perçoit les bruits des sacs que l'on boucle vers 5h-5h30, les bruits de toilettes… le tout laisse bien peu de temps pour un sommeil que l'on souhaiterait réparateur. Quoique, ici, soyons honnête, les bruits de toilette il y en a eu peu ou pas. Il n'y avait en effet que peu de toilettes et pas du tout d'eau chaude… alors par dix degrés de température …

Jeudi 18 Mai 2000 : de SAN JUAN DE ORTEGA à BURGOS.

La nuit a donc été très courte. Nous avons "traîné" jusqu'à 6h15 en attendant que la foule s'écoule. Pas de douche, pas d'eau chaude. Dans un sens, nous ne sommes pas mécontents de nous remettre en route. Il ne serait pourtant pas honnête de ne pas saluer d'un reconnaissant merci, la charmante Julia, sœur du curé, celui qui a la charge du refuge mais qui, actuellement malade, est couché à l'hôpital. Elle fait comme elle peut pour gérer seule, et à un âge relativement avancé, un refuge tous les soirs plein. Et le café au lait qu'elle a servi le matin avant le départ nous a fait un bien terrible et nous a réchauffé le cœur(...)

Jean Paul

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