A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Les bandits du grand chemin

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Adieu, ou au revoir à Carrion de los Condes.

Nous empruntons à nouveau la longue rue centrale et au passage nous saluons l'église de Santiago déjà visitée, celle de Santa Marìa de la Victoria dont il faut admirer la frise romane sculptée au-dessus du portail. Du XIIème s. elle est aujourd'hui classée Monument National.

Puis, sur la droite à la sortie du village, c'est Nuestra Señora de Belèm qui nous salue du haut de son promontoire au-dessus du rìo Carriòn. Un joli pont médiéval enjambe le rio et nous mène à la porte de l'ancien hôpital (puis couvent) de San Zoïlo que nous ne visiterons pas. C'est un bâtiment imposant qui marquera le départ de notre marche quotidienne. Au total, ce sont cinq églises de grande taille pour un aussi petit village… incroyable !

A compter de ce point le chemin est en fait une route empierrée sur un plateau planté de céréales. Les bas côtés sont envahis par des avalanches de fleurs qui nous offrent, droit devant, jusqu'à l'horizon, un long ruban multicolore aux teintes pour nous inhabituelles : du mauve, du violet, des bleus de tons variés, des jaunes dégradés. Plusieurs sortes de coquelicots vont du rose au rouge sang. Tout cela sous un ciel pur d'un bleu profond et avec une température dans les 20/22 degrés qui nous incite à la marche.

Nous cheminons dans le Pàramo, c'est à dire le désert.

En effet, pas une habitation à perte de vue, mais des céréales partout. Nous ne quitterons pas la Calzada de los Peregrinos (la Chaussée des Pèlerins), jusqu'au terme de notre étape à CALZADILLA DE LA CUEZA. Un refuge tout neuf possède assez de place. Tout est propre et bien tenu. Nous décidons d'y passer la nuit et nous nous y sentons à l'aise.

Les Pèlerins avec lesquels nous progressons depuis quelques jours commencent à former un groupe, disparate certes, mais un groupe. Rien de commun pourtant entre notre américain de Minnéapolis que nous avons retrouvé, et les jeunes filles danoises.

Rien de commun entre le couple de néo-zélandais et nos amis pieds-noirs corses, rien non plus entre nos silencieux amis flamands et les jeunes et costauds allemands. Rien ? Peut-être l'esprit ? Peut-être la prière ? Un couple de jeunes brésiliens, Adriana et Claudio se sont rencontrés il y a 15 jours sur l'avion qui les emmenaient de Sao Paulo. Ils marchent côte à côte depuis le début à Saint Jean Pied de Port. Ils se sont promis de se marier s'ils arrivaient ensemble à Compostelle. Alors lui, aurait un peu tendance à brûler les étapes ! En tout bien tout honneur, bien sûr, et seulement sur le plan des kilomètres ! Bonne chance !

Une seule fausse note dans tout cela : le nombre sans cesse plus important de Pèlerins attire les prédateurs.

Eh oui ! Cela n'est pas entièrement nouveau si l'on s'en réfère aux chroniques anciennes. Elles relatent les méfaits causés par les brigands de toutes sortes qui sévissaient à "la belle époque" des Xème, XIème et XIIème s, maures, basques, voleurs de bas étages qui abandonnaient les Pèlerins démunis et dépouillés sur les bas-côtés. Mais voilà que cela recommence ! Signe de succés pour le Pèlerinage. Quelle honte ! Nous avons appris qu'un Suisse venait de se faire dérober son sac, devant la porte du petit bar de Villafranca Montes de Oca d'où nous étions partis il y a quelques jours.

Nous avons tous l'habitude de déposer nos sacs à l'extérieur des locaux où nous entrons afin de ne pas encombrer les lieux. Une voiture est passée, un gars en est descendu, a piqué un sac au hasard, l'a embarqué dans la voiture qui s'est envolée.

Pirates modernes, version des bandits du Moyen Age. Que pensent-ils trouver dans un sac de Pèlerin ? Une carte de crédit, sans doute, le passeport et tous les papiers du pauvre type, son couteau…suisse, en plus de deux ou trois slips et quelques T-shirts…

Ce soir Colette tremble de tous ses membres. Elle pense avoir une angine… et comme elle a, d'ordinaire, un diagnostic assez sûr…

Jean Paul

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