A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Concerto en dodo majeur

Textes choisis

A LEBOREIRO, nous avons emprunté le vieux pont médiéval de Santa Magdalena sur le rìo Seco, en dos d'âne sur arche unique, entièrement restauré il y a peu, dans son état antique.

Malheureusement, un engin agricole de trop grande dimension a voulu le traverser récemment et a emporté toute une partie de la rambarde de pierre. Travail à refaire. Nous sommes sur le parcours le plus difficile à suivre sur le topo-guide.

Nous traversons SAN XULIAN DEL CAMINO. Je ne sais plus si c'est dans ce dernier village que nous voyons quelque chose de vraiment particulier. Les notables n'ont pas dû pouvoir obtenir l'autorisation d'agrandir le cimetière. Aussi, devant les nécessités, au lieu de créer un nouveau "champ des morts", ils ont pris la décision de se servir du mur d'enceinte, en cet endroit assez haut, comme emplacement pour disposer des tombes, en tiroirs, sur l'extérieur du mur. C'est ainsi que l'on peut voir, en passant sur la route, les tombes au dessus de la voie publique…Assez inhabituel pour être signalé tout de même.

Nous voici à MELIDE. Nous avons quelque mal à repérer le refuge qui est situé de l'autre côte de la ville. Un Monsieur auquel nous demandons notre route, se déplace pour nous y accompagner. A notre arrivée, nous retrouvons les autres membres du groupe. Eliane, Jean-Claude, Carole et Gaston qui sont déjà là. Vite, vite, nous bloquons deux lits bas dans une salle dortoir qui vient d'ouvrir et nous nous retrouvons en compagnie de nos amis canadiens.

Aussitôt nous repartons vers le centre ville où Eliane, qui a déjà visité les lieux, nous entraîne dans un restaurant qui n'a pas son équivalent chez nous. C'est une "Pulperia", endroit où l'on ne sert que du Pulpo (Poulpe). Sorte de Cantina, sur de longues tables de fermes, où nous faisons une entrée remarquée.

Ce genre de lieu n'est apparemment pas fréquenté par des gens comme nous. La patronne, sympathique bonne femme d'un bon quintal, nous fait signe qu'elle va s'occuper de nous… et nous faisons là une de nos meilleures expériences gastronomiques de tout le parcours. Nous avons même fait goûter le poulpe à Carole et Gaston qui n'en croyaient pas leurs papilles gustatives. Bon plat, bon vin… en bonne quantité. Nous ne reprendrons qu'avec peine le chemin du refuge.

C'est ici que nous pouvons placer l'anecdote la plus drôle de tout notre pèlerinage.

Nous avions pris la bonne, très bonne, habitude de nous reposer pour une sieste réparatrice aussitôt après le repas de midi. (…enfin, 14 heures). Pourquoi ne pas continuer aujourd'hui. Nous voilà donc sur nos couchettes où nous tentons de trouver un court sommeil réparateur. Nous ne sommes pas seuls à avoir découvert les bienfaits de cette thérapeutique merveilleuse : la sieste. Pour moi, digne fils de mon piémontais de père, je pratique ce sport depuis très longtemps, et je ne m'en trouve pas plus mal.

Oui mais, disais-je, nous ne sommes pas seuls. Il se trouve dans la même chambre que nous, un monsieur qui a pris les devants pendant notre absence. Il est affalé sur sa couche d'où il procure un concert comme jamais, au grand jamais, nous n'en avions entendu. Ronflement n'est pas vraiment le terme qui convient au bruit qui sort de son organe. Cela ressemble à la fois à un râclement, un exhalement de soufflet de forge, avec un fond de bruit de roulement de train sur mauvais rails. Ce qui surprend, c'est que cela fonctionne à l'aller et au retour avec la même effrayante puissance, sans ou, soyons honnête, presque sans pause entre l'aller et le retour. Evidemment, nous entrevoyons aussitôt l'influence de ce monstrueux concert sur notre sieste et …surtout, sur la nuit à venir.

Vers Melide

C'est alors que se passe l'épisode le plus distrayant. Je m'étais levé afin de voir dans quelle mesure je pouvais apporter un léger correctif à l'écoulement de l'air par l'orifice buco-nasal du phénomène. Il suffit souvent de seulement toucher légèrement une personne qui ronfle pour enrayer le mouvement.

Je m'approchai donc de lui, pour… découvrir une sorte de géant, presque nu sur sa couchette, et qui arborait, entre autres détails plus intimes, un ventre énorme, une masse ronde proprement stupéfiante qui vous poussait au respect. Je faisais prudemment marche arrière lorsqu'un autre personnage entra dans mon champ de vision.

Celui là je le connaissais. C'était un Pèlerin allemand qui marchait au même rythme que nous et dont avions pu admirer les prouesses ronflatoires (je ne pense pas que ce soit un mot français), mais dont j'avais remarqué que, puissantes en début de nuit, elles s'adoucissaient ensuite pour se calmer aux environs de minuit, une heure du matin. Cet allemand, avait été surnommé Bismarck par les personnes qui l'accompagnaient, pour la ressemblance qu'il avait avec l'homme d'état de son pays..

J'avais donc, après un délai de quelques jours, appris à le supporter et il n'angoissait plus nos soirées.

D'autant que lorsque nous repèrions l'endroit ou il avait choisi son lit, nous changions prudemment de chambre et laissions à d'autres le droit d'apprécier le concert. Il avait pourtant lui aussi un assez joli organe, mais franchement, c'était un doux gazouillis à côté du tonnerre qu'éructait notre gulliver. J'observai Bismarck.

Lui même, malgré sa grande taille semblait intimidé par celle du dormeur. Mais sa réaction fut surprenante. Oubliant ses propres prestations, il se rua sur la gentille "hospitalera" et lui demanda de déplacer Gargantua. Surprise dans un premier temps elle fut bien obligée de se rendre à l'évidence. Jamais dans son expérience d'Hospitalera, elle n'avait "enregistré" c'est le cas de le dire, pareille prestation.

Sa réaction fut bonne…et appréciée de tous. Elle offrit au dormeur qui venait d'ouvrir l'œil, de changer de chambre pour loger dans le local réservé à l'hospitalier lui-même, et tout rentra dans l'ordre… pour le moment…

car…il y a une suite.

Il y avait dans la même travée de châlits que nous, une dame parisienne qui avait chaudement pris la défense du ronfleur hors normes.

- Vous n'êtes pas très aimables, disait-elle, de faire ce genre de reproches à un aussi digne monsieur. Mettez donc, conseillait-elle, des tampons anti-bruit dans vos oreilles et vous dormirez sans problème.

Nous n'avons compris que le soir pourquoi elle réagissait de cette manière lorsque vers dix/onze heures s'éleva soudain dans la nuit un râle doublé d'un gargouillis, puis d'un ronflement presqu'aussi puissant que celui de notre maintenant légendaire spécimen. Pendant un court instant, j'ai cru que la dame avait par ses propos, prévu de protèger son mari dont elle connaissait les prouesses… M'approchant en catimini du lit de celui-ci, je m'apprêtai à le remuer, toujours dans le but de faire cesser l'énorme cascade, lorsque je m'aperçus, ébahi, que c'était son épouse qui émettait, sans retenue, les ronflements démentiels. La version féminine du champion de l'après-midi. Parité oblige.

Moins impressionné par elle que par le géant, je l'incitai à modifier sa position et elle s'éveilla alors, retirant de ses propres oreilles, les boules qu'elle nous avait recommandées de mettre, et me demanda, effrayée, ce qui se passait. Je pense que j'ai réellement dû lui faire peur dans son sommeil. Mais il n'y eut pas de suite malheureuse et les ronflements cessèrent comme par enchantement.

Au matin, lorsque nous nous levâmes et nous préparâmes pour notre étape, les deux parisiens firent semblant de dormir et ne bougèrent qu'… après notre départ. Ils savaient ce qu'ils faisaient, puisqu'en même temps qu'ils nous recommandaient de placer des tampons dans nos oreilles, ils avaient bloqué les lits qui les entouraient (alors que le refuge était plein) avec des effets leur appartenant.

Expérience amusante et choses à raconter. Mais j'espère bien ne jamais retrouver une telle concentration de ronfleurs de cet acabit. Melide restera dans nos mémoires, pour d'amusantes raisons. De toute façon, bien qu'ayant été une étape importante sur le parcours du Camino, la ville n'a plus grand chose à montrer de nos jours.

Jean Paul

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