A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

Du Puy à santiago en 3 semaines

Textes choisis

Je suis donc bien arrivé à Santiago le 22/08. Que vous dire, après un tel voyage les idées se mélangent et les souvenirs m'envahissent. Le camino est une expérience très riche, un peu trop parfois.

Quel que soit le but recherché, on y trouve toujours des réponses à côté des questions posées. Spirituel ou non (toujours aussi "non" dans mon cas) le camino est un double mouvement. Il permet de rentrer en soi, et par la même occasion, est un moment d'intense ouverture aux autres. Le chemin est donc parsemé de rencontres, rencontres avec soi, avec les autres, avec une histoire ou des paysages.

A vélo, la partie française est physique et éprouvante pour la machine comme pour le bonhomme. Mais avec une petite préparation, elle est à la portée de n'importe quelle VTTiste assidu. J'ai roulé sous la pluie les 5 derniers jours du chemin français. Je crois que je n'avais jamais vu un vélo (et un cycliste) dans cet état. Et pourtant ce moment du chemin reste associé dans mes souvenirs à une de mes plus belles rencontres (merci Jeff et Pierre) qui m'a permis des moments de fou rire collectif que je ne suis pas près d'oublier. Pour l'anecdote, nous faisions tellement pitié qu'on ne nous a jamais refusé un hébergement. Je n'ai jamais réservé un gîte et j'ai toujours pu me loger à l'endroit prévu, merci à l'argile du Gers. Enfin, avec mes pneus secs (Hutchinson Python pour les intimes -des pneus fantastiques pour l'Espagne) j'ai vécu des grands moments de glisse voire de ski.

J'ai réalisé Le Puy - St Jean en 10 jours avec une journée de repos à Figeac et une autre à St Jean pour des raisons mécaniques. Après, la partie espagnole m'a pris 9 jours. Je n'ai pas eu de problème majeur, mis à part 2 grosses chutes les deux premiers jours.

Physiquement, j'ai eu beaucoup de mal à me faire aux 12 Kg de mon sac à dos, mais après Figeac, ma résistance physique s'est améliorée d'étape en étape, pour atteindre un point assez étonnant en Espagne (J'ai fait Villafranca del Bierzo-Triacastella en 2h30 après une nuit blanche due à une rencontre fantastique avec des allemands). Au niveau mécanique, je n'ai crevé qu'une fois, mais j'ai massacré une chaîne (cassée deux fois et donc changée à Burgos), cassé mon compteur le 2ème jour sur chute, arraché 5 dents à mon plateau de 32 (changé à St jean) et 2 dents à celui de 44 (changé en arrivant à la maison), j'ai dû détordre 2 fois le dérailleur arrière et 1 fois celui de devant (pierres dans les descentes), et changer la câblerie car après 5 jours dans la boue, je devais utiliser 2 mains pour tourner mes poignées tournantes (changée à St jean). Je n'ai donc eu aucun problème qui m'ait empêché de rouler, mais toute une série de petits problèmes résolus au fur et à mesure du chemin.

Pour résumer, la partie française est moins humaine que la partie espagnole ( attention je parle pour les Vttistes, à pied c'est tout autre chose). Elle est à la fois physique, technique, beaucoup moins riche en rencontres ( la moyenne d'âge et le type de pèlerins ne sont pas du tout les mêmes qu'en Espagne). Par contre elle réserve de grands moments de VTT et possède un charme unique. Si on tient la forme, qu'on réussit à sortir le nez du guidon, on peut profiter de la diversité des paysages et des architectures. Kilomètre après kilomètre, tout change et évolue à une vitesse folle. Les maîtres mots de la partie française seraient pour moi difficulté, diversité et authenticité. Les chemins sont étroits et les grandes routes rares. Beaucoup de pèlerins sont animés par des raisons religieuses portées comme un étendard (à la manière de Sylvia sur l'espace échange). En France le chemin n'est pas la fête qu'il devient en Espagne.

L'Espagne fut un choc, une sorte de grande baffe libératrice.

J'étais parti en me disant que mon chemin serait un test de volonté, une manière de toucher mes limites physique et morale, de franchir cette frontière physique où toutes les règles sont abolies par la violence de l'effort, ces instants où l'esprit s'évade de sa prison de souffrance pour rêver et penser.

Je voyais le camino comme une épreuve, une ascèse. Hors je n'ai pas trouvé de limite physique. Et j'ai abandonné l'ascèse après trois jours. Si la France fut dure, l'Espagne est un jardin pour les VTTistes.

Après l'entraînement préparatoire (je roule beaucoup) et la partie française, même la traversée des Pyrénées (par le GR de bout en bout) fut facile.

En fait en Espagne, j'ai eu l'impression d'être suradapté au VTT. Je montais sur le vélo et laissais mon corps gérer le trajet pendant que mon esprit partait en goguette. Sur ces chemins larges et souvent plats, les kilomètres défilent sans que l'esprit n'ait besoin de se concentrer sur sa tâche. A la manière du vélo de route, aucune concentration ne m'était plus nécessaire. J'ai donc le souvenir d'une Espagne magnifique et sauvage, de paysages semi désertiques semés d'oasis bruyantes et vivantes, traversées dans un rêve éveillé.

Avec le retour du soleil et de la chaleur, l'Espagne fut un retour à la vie.

Parsemée de rencontres magiques et de fous rires, l'Espagne fut mon chemin des étoiles, la tête dans les étoiles. Il est difficile d'imaginer la richesse culturelle du nord de l'Espagne, la beauté de ces villages qui surgissent au milieu de nulle part, au moment où on les attend le moins. Ces couleurs chaudes écrasées par la lumière, la pureté froide du petit matin sur la meseta, ce mélange d'ocre et de marron flamboyant sous les premiers feux de l'aube. Et là le vélo est une chance. En effet, en France on envie parfois les marcheurs qui souffrent moins sur ces petits sentiers techniques, en Espagne, c'est le contraire. De longues portions sont ennuyeuses et j'ai vite appris à haïr la Nationale 120. Mais pour nous, bienheureux cyclistes, ces portions sont vite oubliées.

L'arrivée à Santiago est un moment étrange. Entre joie et nostalgie, j'y ai vu un ami tourner en rond sur la plaza de la Immaculada, refusant de descendre du vélo, les yeux humides. Pour moi ce fut un moment d'ivresse. Je me sentais complètement grisé. Je suis rentré tout doucement et j'ai erré sur mon vélo en me laissant guider peu à peu par le flot jusqu'au coeur de cette ville. Tout mon être chantait et je chantonnais en pédalant, un peu fou et surtout très ému. Enfin, c'est une ville magique et magnifique. Loin des bondieuseries de Lourdes, elle possède un charme bien à elle et une vie très espagnole. C'est un lieu où l'on peut se recueillir mais aussi fêter l'arrivée avec une liberté toute espagnole.

Pour finir je voudrais répondre à Sylvia et à tous les marcheurs croisés ici ou ailleurs et qui m'ont tenu ce discours. Si je ne juge pas vos motivations, je voudrais vous demander de ne pas juger les miennes. Quand à l'excuse du temps, ce n'est qu'une excuse. Le vélo ne permet pas juste d'aller plus vite. Il offre un plaisir bien particulier.

Si la lenteur de la marche invite à la méditation, la violence de l'effort sur un vélo offre d'autres sensations, que se soit les "shoot d'adrénaline" offerts par les descentes, ou des moments de pure jubilation quand pendant une après midi entière, le vélo réagit à la moindre des sollicitations, quand chaque coup de pédale semble vous propulser de plus en plus vite sur des chemins parfaits. Ces moments où le pilote semble deviner les pièges du chemin avant même qu'ils n'apparaissent, quand la forme physique vous donne l'impression d'être parfaitement intégré à la nature, d'être redevenu cet être des bois que vous étiez quand enfant vous grimpiez dans les arbres.

Le vélo permet aussi une forme de méditation à la fois plus courte et plus dense que la marche. Condamné à une forme de concentration absolue (sous peine de sanction immédiate et très douloureuse), le VTTiste s'échappe parfois. Dans ces moments là, qui sont pour moi les plus rapides, mon esprit semble se dédoubler. Une part de moi-même pilote à l'instinct pendant que mon esprit s'évade Ce sont des moments d'une intensité exceptionnelle dus à la fabrication d'endomorphine, je ne les ai jamais ressentis en marchant (je les ai vécu en alpinisme) mais ce sont des instants de pur bonheur.

Aussi s'il vous plaît, gardez vos réflexions sur le "vrai" sens du chemin pour vous. Pour moi il était dans une forme d'ouverture aux autres et donc de tolérance.

Mathieu Reynaud
mathreynaud@yahoo.fr

Accueil
Accueil