A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Pampelune - Belorado

Carnets de route

16 Juillet 2001, lundi, Pampelune - Estella

Un an après Cahors - Aire sur Adour, nous revoici, le fiston et moi, cette fois-ci au départ de Pampelune, pour une virée d'une semaine. Objectif : arriver à Leon. Départ de la cité navarraise aux alentours de midi, après avoir garé la voiture dans un parking surveillé. Nous décollons peu avant midi, encore tout engourdis par la fatigue de la route. Si tout se passe bien, nous devrions ne revenir ici que dans 6 ou 7 jours.

Le balisage dans la ville est excellent, pour le trouver, il suffit de partir de la cathédrale. Le temps est beau, mais anormalement frais. En France, la tempête approche. A la sortie de Cizur Menor, nous loupons le balisage et continuons sur la route. Première occasion de tester ce qui me reste d'espagnol. On nous indique un petit chemin pour rattraper le camino.

Cirauqui

Portillo del Perdon, première grimpette, que j'avais déjà effectuée il y a 6 ans (voir carnets de routes). Le camino des marcheurs est un peu raide pour les VTT, mais ça passe à peu près, sans trop de fatigue. Arrivé au col, je découvre les énormes éoliennes et les sculptures en ferraille qui n'étaient pas là en 1995. Le col me semble moins long et moins haut.

La descente est rapide ; progressivement, le nombre des marcheurs diminue. La petite clochette sur le guidon s'avère très utile, car ils sont ici bien plus nombreux que sur les portions françaises du camino.

Puente la Reina : la cité est calme, endormie en ce début d'après-midi. La calle Mayor me semblait plus large.

Estella : la ville est animée. Nous y parvenons vers 17h00 et on ne nous fait aucune difficulté pour avoir une place dans le gîte. Compostella, carte d'identité pour Samuel, longue prise de notes dans le registre... l'accueil ressemble plutôt à celui d'un commissariat. De toutes façons, 110 places, c'est beaucoup de monde et donc peu de convivialité. L'ambiance est plutôt tristounette à première vue. Beaucoup de nationalités différentes, qui ne communiquent guère entre elles.Il faut dire aussi qu'à cette heure-ci, les marcheurs sont épuisés et concentrent leurs efforts à gérer leurs bobos. Nous, veinards, prenons une bonne douche et partons aussitôt en ville nous dégourdir les jambes. Besoin de marcher après avoir pédalé. La place centrale est bruyante, animée et odorante, l'Espagne est déjà là.

La menthe à l'eau façon espagnole
Samuel, qui entre en 3° et vient de faire une année d'espagnol, va mettre en pratique ses acquis vaillamment arrachés à la pédagogie du collège. Nous nous installons à une terrasse, je commande une bière pression (ça, je sais le dire depuis longtemps) et Samuel commande une menthe à l'eau. Retour du garçon, la bière est fraîche et bien meilleure que du temps de Franco, le sirop de menthe est dans ... une théière bouillante d'où dépasse une étiquette d'infusion.

21h30 : une vingtaine de VTT sont alignés dans le patio du gîte. Les vététistes arrivent toujours les derniers. Nos voisines de chambrée sont charmantes, elles ne sont pas bien seules sur le camino.

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17 Juillet, mardi, Estella - Logroño - Navarrete

L'étape sera marquée par une constante : le vent. Vent de face permanent qui apporte une très agréable fraîcheur, mais oblige à pédaler jusque dans certaines descentes. Un peu usant au bout du compte, même si le ciel est clair et le temps magnifique.

Départ d'Estella au petit matin, en même temps que les derniers marcheurs. La bodega d'Irache fonctionne bien, mais je n'ai pas envie de goûter au vin de la fontaine. Trop tôt, et en plus, juste après une montée un peu raide. Si nous étions en fin de journée, alors là, peut-être ... Un groupe de vététistes espagnols se pose moins de question, et chacun remplit allègrement son bidon. Samuel aussi fait le plein, mais au robinet d'eau qui se trouve juste à côté.

Vers Azofra

Le chemin est facile et roulant, très roulant même car les vieux chemins agricoles qui agrémentaient cette étape ont été entièrement recouverts d'une épaisse couche de gravillons. Arrivée en trombe dans le joli village de Los Arcos, vitesse limite 50kmh.
Sortie de Los Arcos, un camion nous masque la flèche jaune, demi-tour après 15 minutes de rando supplémentaire. Beaucoup de monde sur cette portion. Au loin, le chemin serpente entre les champs ocres de céréales. Immense plateau, désert et venteux. Le vent de face nous force à pédaler. Usant.
Rude montée sur Viana, par un passage routier de plusieurs kilomètres, cela pour éviter une portion très en portage et sans intérêt du camino. Finalement, il n'y a pas trop de camions et c'est une fois de plus le vent notre difficulté majeure.

Logroño : le vent nous a un peu dégonflé le moral. Nous décidons d'arrêter là, bien que nous ne soyons qu'au début de l'après-midi. Petite pause casse-croûte dans un bar du centre ville, nous enlevons les chaussures et les rangeons dans le sac. Dans une heure, nous chercherons un gîte.

Sortie du bar, il est 14h30. La ville n'est pas très attirante. Et si finalement on poussait jusqu'à Navarette ? En fait, nous ne le regretterons pas. Le gîte de Navarette est tout neuf, l'accueil sympathique, les chambres de 8 places propres, spacieuses et lumineuses. Petit déjeuner offert, le tout pour ... une somme laissée à l'appréciation de chacun. Donativo.

Toute la journée, la partie anatomique la plus sollicitée du cycliste s'est vaillamment manifestée, il m'était très difficile de m'asseoir sur la selle après chaque relance, et les soubresauts inhérents à l'activité m'envoyaient à chaque fois des décharges électriques dans le fondement. Au point que je me demande même si je vais pouvoir continuer demain. Heureusement, Navarrete possède une belle pharmacie.

La pommade miracle du pharmacien de Navarrete
J'entre en me demandant bien comment je vais expliquer la situation, avec mon espagnol rudimentaire, et en plus, il y a des gens dans la boutique. Samuel me suggère de montrer carrément le problème au pharmacien, ce à quoi je me refuse avec obstination, ayant tout autant confiance dans mes compétences linguistiques. Finalement je me lance, mon espagnol n'étant pas si mauvais que ça, puisque les clients de la pharmacie qui m'ont entendu se sont bien marrés... Le pharmacien, plus compréhensif, m'a trouvé une pommade que "tous les membres du club cycliste local utilisent avec succès", m'a-t-il garanti. Je file au gîte tester discrètement le remède miracle.

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18 Juillet, mercredi, Navarrete - Belorado

Une étape à nouveau marquée par la présence constante de notre ennemi d'hier : le vent de face, poussant un air très frais. Mi-juillet, Castille du Nord, j'ai même eu froid aux pieds ! En France, c'est la tempête. Finalement, c'est peut-être moins dur que d'avoir à affronter l'étouffante chaleur qui règne habituellement sur cette région.

La pommade du pharmacien semble effectivement avoir fait des miracles. Je peux me lever et m'asseoir sur la selle sans avoir à effectuer des manoeuvres compliquées pour éviter la douleur. Sam a de plus en plus la pêche et le moral est bon.

Santo Domingo

L'arrivée est facile et pas trop venteuse sur Najera. Nous nous accordons le temps d'une visite à sa magnifique cathédrale, au cloître et au panthéon royal.
Toujours de l'interminable chemin blanc avec cet horrible vent de face jusqu'à Santo Domingo de la Calzada, où nous effectuons une halte prolongée, histoire de visiter tout en récupérant un peu. En début d'après-midi, nous repartons pour Belorado. Cette fois-ci, le vent a décidé de se déchaîner. Chaque faux-plat montant devient un col, chaque grimpette une ascension.

Et puis, pas question de se reposer dans les descentes. Il n'y en a pas, ou si peu. On a toujours l'impression qu'après une montée succède un faux-plat montant, et qu'après chaque faux-plat montant succède une grimpette ! Pourtant, ce haut plateau semble bien à peu près plat. Et puis, quelle idée ont les navarrais, les rioj(ais), les castillans, de toujours fourrer leurs villages au sommet d'une colline battue par tous les vents de la terre?! Vaille que vaille et par une ultime plongée fulgurante (enfin !), nous arrivons à Belorado, ayant récolté dans notre sillage une cycliste amérindienne, à la recherche d'un compagnon, égaré quelque part sur les hauts plateaux.

Belorado : le gîte est déjà complet. Pas de regret, son seul intérêt est d'être situé dans un monument historique, à l'échelle locale seulement.
Une maison affiche "habitaciones".

Le 3 *** de Belorado
Nous sonnons et une dame nous entraîne quelques rues plus loin. Elle nous montre une très belle chambre, luxe 3 étoiles, pour un prix modique. En plus, il y a la télé. Cela nous permet de nous reposer en regardant pédaler ceux du Tour de France. C'est l'étape de Chamrousse que nous entrevoyons par ci par là, coincée entre deux énormes tranches de pub. Pas étonnant que l'Espagne reste dans la rue, avec une télé aussi médiocre. C'est tant mieux pour l'ambiance.

 

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