A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Maubourguet - Pau - Puente la reina

Carnets de route

Mardi 8 juillet 2003, Maubourguet - Lacommande

En 1997, j'avais réalisé cet itinéraire avec les copains du club de VTT, mais notre organisation était telle que nous avions souvent court-circuité les chemins des marcheurs, d'où un sentiment de frustration et ce désir de le refaire, cette fois-ci en collant au mieux au balisage, et en solo.

Vers Anoye

La SNCF prend les vélos dans certains trains, mais pas dans les correspondances autobus (sic !). C'est mon véhicule personnel qui me conduit cette année à Maubourguet, sur le chemin d'Arles, entre Auch et Pau. J'aurais aimé démarrer à Marciac, là où deux ans auparavant je m'étais arrété pour une étape d'une journée, au hasard de vacances dans le Gers.

Mais là, j'ai eu beau retourner internet dans tous les sens, se rendre à Marciac avec (ou sans) vélo relève de mission impossible. Donc ce sera Maubourguet, l'étape pédestre suivante, au pied des Pyrénées. Pas bien grave, puisque j'aurai l'occasion de revenir à Marciac le mois prochain pour faire ce petit bout.

La canicule vient de s'abattre sur la France et le Sud Ouest est particulièrement visé. Il fait déjà très chaud quand j'enfourche ma monture, pourtant, il n'est pas encore 10h00 du matin. L'hôtesse de l'office de tourisme de la ville m'assure que je peux laisser la voiture devant le bâtiment pendant plusieurs jours, et qu'elle passera le mot à ses collègues. Je lui laisse même le numéro de téléphone de la maison, au cas où...

Le chemin pré-pyrénéen est agréable, bosselé bien sûr. La clochette que j'ai accrochée sur la potence tintinnabule en vain ; il n'y a personne sur le camino. Au hasard d'un carrefour routier, je croise un couple de pèlerins à bicyclette, échanges brefs et salutations, nous ne savons pas encore que nous nous reverrons... ... d'abord à Morlaas, un peu avant Pau, où je ne m'attarde guère. Il fait vraiment chaud et rouler m'offre davantage d'air.

Cette première journée sera une étape de solitude complète sur les chemins, même les petits villages semblent désertés, et l'itinéraire, bien balisé, contourne l'agglomération paloise. Finalement, j'arrive vers 17h00 au joli hameau de Lacommande où je retrouve mes deux cyclistes qui ont choisi de faire étape ici. De mon côté, j'hésite entre poursuivre et rester. Il me reste pas mal de temps, mais je souhaite garder de l'énergie pour la suite du parcours qui s'annonce assez difficile. Finalement j'opte pour la solution raisonnable, l'avenir m'apprendra que j'ai eu sacrément raison.

Repas à la carte
Le gîte est minuscule, quatre places seulement, mais le cadre est champêtre et bucolique. La tenancière du petit café du coin, qui a déjà bien dépassé l'âge de la retraite, me reçoit en me demandant "qu'est-ce que vous voulez manger ?" Je suis déconcerté par une question pourtant tellement évidente.

Discussion au gîte avec le couple de cyclistes, ils viennent de la Drôme. Ils sont à peu près de mon âge, et arpentent les chemins depuis bien longtemps. Nous échangeons nos expériences respectives, nous parlons de nos voyages et de nos manières de voyager. Ils me racontent, entre autres, leur chemin à vélo jusqu'à Damas ! Chapeau !

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Mercredi 9 juillet 2003, Lacommande - Col du Somport

La responsable du gîte m'avait annoncé cinq cotes à grimper pour atteindre Oloron. C'est un des arguments qui m'avait incité à ne pas aller plus loin pour cette première journée. Bien m'en a pris car malgré un kilométrage modeste, il m'a fallu plus de deux heures pour atteindre la cité béarnaise, et les cinq cotes sont de sacrés casse-pattes. Pour assurer, je choisis de monter en douceur la première cote.

Et c'est là, au coeur de la forêt, sans aide, sans la moindre assistance, qu'ils m'ont tendu leur embuscade...
Ils avaient bien choisi leur endroit, ces brigands, et j'aurais pu hurler, personne ne m'aurait entendu, alors ils en ont largement profité. Les premiers me sont tombés dessus dès que la pente, trop soutenue, m'a obligé à mettre pied à terre. Que pouvais-je faire dès lors que j'avais les deux mains occupées à pousser la machine. Eux en ont lâchement profité pour me piquer, toujours là où ça fait mal, toujours là où on ne peut pas se gratter.
S... de taons !

La vallée d'Aspe est bien triste, d'autant qu'un ciel trop bas voile les sommets. Pourtant nous sommes en pleine saison touristique, mais ce coin là des Pyrénées n'en bénéficie pas. Je devine qu'aujourd'hui encore, je ne rencontrerai pas grand monde sur le chemin : régulièrement, dans les passages étroits, des toiles d'araignée me balayent le visage.

Pas un magasin ouvert au début de l'après midi, j'ai un mal fou à trouver un peu de ravitaillement.A Urdos, les volets des hôtels restent désespérément clos. Un petit groupe d'espagnols s'est égaré au bar où je me ravitaille et où on me renseigne sur le gîte du Somport. La tenancière téléphone pour moi à un des responsables : les indications pour trouver la clé sont affichées à l'entrée. Faisons lui confiance...

Il est 16h00 et les fameuses cinq cotes d'avant Oloron, plus toutes celles qui ont suivi, m'ont quand même bien broyé les pattes. J'hésite à grimper le col ce soir. Finalement, après une heure de repos, j'opte pour la solution "on repart et on grimpe plus que tranquille, pour assurer". En plus, Urdos, c'est sympa, mais à part quelques camions qui passent de temps à autres, il n'y a pas beaucoup de distractions, et puis pour l'hébergement, il n'y a que les hôtels.

Heureusement que la montée du Somport est relativement douce et régulière. Je viens de battre mon record de lenteur pour grimper un col, mais j'arrive en haut moins fatigué qu'en bas ! Le gîte se trouve un peu avant le sommet. Une affichette indique gîte au bout d'une flèche, qui me renvoie à une autre affichette avec une flèche, qui me renvoie... Finalement, après avoir fait le tour complet du bâtiment, j'avise un pèlerin qui m'indique l'autre gîte, juste au-dessus. C'est celui-là le bon. Un jeune couple de randonneurs y est installé. Il y a plusieurs chambres de 2 ou 4 lits, c'est tout neuf, ça sent même encore la peinture, c'est plus que calme.

20 heures. Le col du Sompot est désert, étonnament silencieux. Deux confrères se tirent la bourre dans les derniers hectomètres, le clic-clic de leur pédalier résonne dans la brume. A la vitesse où ils grimpent, on devine que ce sont vraiment des pros. Le restaurant français est le seul lieu de vie ouvert. Heureusement, car côté ravitaillement, je n'ai rien sur moi. La garbure, avec ses légumes frais, rééquilibre un régime alimentaire quelque peu malmené depuis le départ.

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Jeudi 10 juillet 2003, Col du Somport - Sanguesa

8h00 : je dépose mon obole dans la boîte aux lettres du gîte et file, direction l'Espagne. La descente sur Jaca est plus longue que je ne pensais car ce début de camino est assez chaotique. Je dois rester prudent car il n'y a personne et souvent mettre pied à terre. J'ai tenu à rester sur le sentier balisé, j'y suis resté, mais il me faut pas moins de trois heures pour atteindre Jaca, déjà avachie sous un soleil de plomb. Qu'est-ce que ce sera quand je vais attaquer la vallée de l'Aragon?

Le chemin entre Jaca et Puente la Reina de Jaca longe souvent la RN, il est surtout destiné aux marcheurs. Pour gagner du temps et de l'énergie, je choisis de prendre la route, pas trop encombrée, bien soulagé quand je vois le camino filer à gauche dans la garrique en me disant "ce coup-ci, ce n'est pas pour moi!".

Vers Mianos

Puente la Reina de Jaca : ici commence le "désert" de l'Aragon, très large vallée, toute plate, accablée de chaleur. Peu de villages, peu ou pas de ravitaillement, sur plus de 50 kilomètres. Le plus délicat, c'est la gestion de l'eau. Avec cette température, et pour tout viatique un bidon de 80 cl, même en progressant à l'économie, l'organisme réclame son dû. Il fait plus de 40 degrés à l'ombre, mais il n'y a pas d'ombre. Heureusement, une petite bise d'ouest apporte un peu d'air. Pour une fois, je suis heureux d'avoir le vent de face. Ravitaillement complet à Puente la Reina de Jaca (complet, c'est à dire : plein d'eau, ventre et bidon, et un morceau de cake). J'opte aussi pour la technique d'arrosage complet du bonhomme, mais il ne faudra pas bien longtemps pour tout sécher.

Le vététiste est un privilégié
Premiers kilomètres, plats. Je rencontre quelques marcheurs. Avec mon petit sac de 5 kilos, mon maillot encore trempé qui m'apporte un sentiment de fraîcheur, et ce petit souffle d'air permanent, je suis un privilégié. Finalement, la situation est bien plus agréable que je ne l'imaginais. Le seul ennui, ce sont les jambes et les bras qui caramélisent, et je n'ai pas pris de protection solaire.


Le camino évite Martès, qu'on aperçoit un kilomètre sur la gauche. L'eau du bidon étant déjà chaude et bien que n'y ayant pratiquement pas encore touché, je choisis d'aller au village. La fontaine est plus que rafraîchissante, génial ! Je plonge sous le robinet et fais le plein jusqu'aux dents du fond.

En redescendant vers le camino, je renseigne un jeune couple d'autrichiens visiblement peu informés de ce qui les attend. Il est 14h00, Martès ne semble pas offrir d'hébergement. Ils devront marcher encore huit kilomètres pour atteindre Mianos, mais cela n'ébranle pas leur optimisme. Bon courage...

J'ai bien fait de faire le plein à Martès : les deux villages suivants de Mianos et Artieda sont perchés si haut que j'y aurais laissé trop d'énergie. Je peux les éviter et continuer sur le camino, il y a suffisamment d'eau dans le bidon pour atteindre Ruesta, et puis le chemin traverse des barrancos où circulent encore des petits ruisseaux qui me permettent de tenir le bonhomme au frais.

Petite route pour arriver à Ruesta. Mais quel cataclysme a donc frappé ce village ? Ruesta est un village fantôme, comme bombardé. L'auberge des pèlerins y est une curieuse oasis de vie au milieu d'un champ de ruines. L'hospitalero m'offre à boire et m'indique une fontaine en contrebas pour faire le plein du bidon. Je lui fais confiance et c'est avec un bidon vide que je quitte le village. Erreur !...

Demi-tour
Au fond du barranco, après une descente caillouteuse et raide, je trouve la fontaine : rien ne coule, le robinet est bloqué ! La vasque contient bien une eau fraîche, mais elle n'est pas buvable. Heureusement, il y a un camping, étonnant dans ce lieu isolé, où j'avise plein de robinets et un petit groupe de campeurs espagnols vautrés autour d'une grande table, encerclés par une escouade de bouteilles de rosé.
- Non, l'eau n'est pas potable et il n'y a personne, l'accueil est fermé. Si tu veux, on peut te mettre du vin dans le bidon. Mais nous, on n'a pas d'eau !
Non merci, pas le choix, je dois remonter le barranco, toujours aussi raide et caillouteux, et retourner à l'auberge acheter une bouteille d'eau.


La montée vers Undues de Lerda est longue, longue, très longue, interminable. Elle me grignote mètre après mètre le peu d'énergie qui me reste pour finir l'étape. Après une bonne heure de montée, dans l'isolement le plus total et le moral dans les chaussettes, un léger souffle d'air m'annonce la fin du calvaire.

La récompense est au bout : un superbe plateau, sauvage, aérien et roulant, et une descente de rêve sur chemins de terre. Le VTT comme je l'aime. Bien sûr, il faut grimper un infâme raidar pour atteindre le village, avec un peloton de clébards hargneux à mes trousses. Cela m'apprendra à filer sans observer le balisage. J'ai loupé l'arrivée par la voie romaine, mais je n'ai pas la force de faire demi tour. Le village semble bien sympathique et l'auberge accueillante, mais comme le chemin est quasiment en descente sur 10 kilomètres, je me dis que je ce sera mieux à Sanguesa pour l'hébergement et le ravitaillement. Erreur !...

La ville est en travaux, ça fait un boucan d'enfer de marteaux piqueurs juste devant l'auberge. Un bonhomme de pèlerin assis sur le seuil, m'accueille par un incompréhensible grognement. J'entre et grimpe au dortoir pour me rendre compte par moi-même. Je croise quelqu'un qui me montre que l'auberge est effectivement complète. En sortant, je demande au sympathique grogneur s'il connaît un hébergement. Nouveau grognement et le mec se replonge dans son journal.
- "Si je t'emm... dis-le", mais je me contente de le penser.

J'ai beau tournicoter dans le patelin, pas le moindre hôtel en ville. Je me rabats sur un deux étoiles à la périphérie. Le hall d'accueil, tout beau tout propre, avec ses gens sapés pour l'apéritif du soir, me flanque la honte. Je suis couvert de poussière, dégoulinant de crasse, et avec ma tenue de cycliste, certes discrète (je n'aime pas le fluo et les maillots à pub), je n'ose imaginer la gueule que j'ai. Je me demande si je ne vais pas me faire jeter, mais la charmante jeune fille de l'accueil, auprès de laquelle je m'excuse pour ma "tenue", ne fait pas cas de mon état, elle doit être habituée. Il reste des chambres mais c'est tout juste, car les fêtes de Pampelune battent leur plein et on vient jusque là pour se loger. Aïe ! Il faut absolument que demain soir, j'évite de dormir à Puente la Reina, qui se trouve encore plus près de Pampelune. Mieux encore, il faudrait que je sois au moins à Irun. Sera-ce possible ?

Ruesta

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Vendredi 11 juillet 2003, Sanguesa - Puente la Reina

Nuit plus qu'agréable à l'hôtel. Bon, c'est quand même un deux étoiles, pour le prix, ça mérite au moins ça. Levé tôt, je suis le premier au bar et je m'installe pour un petit déjeuner réparateur. La serveuse met la télé : en direct de Pampelune, les préparatifs du fameux lâcher de toros dans les rues de la ville. C'est pire que la montée de l'Alpe d'Huez au tour de France ! Des grappes humaines à tous les balcons.

Je déjeune, toujours seul, du moins je le crois. Je me retourne pour partir : en quelques minutes, la salle s'est complètement remplie sans que je ne m'en aperçoive ! Cette dernière étape, presque tout en plaine, ne devrait être qu'une formalité. Erreur !...

Les premiers kilomètres sont sympathiques et la montée au col d'Aïbar est en pente douce. Quelques spots de descente et de très beaux passages sur chemins blancs du côté de Salinas et Monréal. Jusque là, tout va bien. Mais après...

J'ai choisi de suivre le sentier des marcheurs, à flan de montagne, après Izco. Le spot est plaisant au début, lassant par la suite, puis devient énervant et finalement complètement épuisant et brise moral. En contrebas, j'aperçois même des marcheurs qui ont choisi la route. Après plus de deux heures de montagnes russes sur sentier étroit, de remontées abruptes, une gamelle en bordure de ravin, d''incessants pied à terre, le bruit montant des travaux de construction de l'autoroute, le tout sous un soleil de plomb, c'est avec soulagement que j'arrive au hameau de Guerendian.

Vite, je file à Tiebas par la route. Mais il est déjà tard, si je ne veux pas rester à Puente la Reina ou à Pampelune, je dois impérativement terminer mon chemin par la route. J'aurais dû faire le contraire : prendre la route jusqu'à Tiebas et finir sur le camino. Pas trop de regrets cependant, j'avais effectué une partie de ce parcours avec mon club de VTT en 1997, et je connais déjà l'église d'Eunate.

14h 00, Puente la Reina. Je file directement à l'arrêt des bus pour me renseigner sur les horaires. Un bus pour Pampelune va passer dans 15 minutes. A peine le temps de me sécher et d'enfiler un tee shirt. Record de séjour minimal dans la ville ! Pas grave, c'est la troisième fois que je viens ici.

Les bus espagnols sont sympas : ils vous embarquent votre VTT dans le coffre sans poser de question. Même chose à Pampelune, mais rien ne presse car le départ pour Irun est à 18h00. J'ai le temps de flâner dans les rues. Tout le monde est habillé de blanc, avec foulard rouge. Dans tous les bars, on a répandu de la sciure, c'est plus simple pour nettoyer les conséquences de certains excés. Un fétard prend une pèlerine par le cou et se fait photographier avec elle. Les pèlerins aussi font partie du folklore.

A Irun, je traverse la Bidassoa pour arriver à Hendaye où j'ai même le temps de prendre un train régional (ceux-là acceptent les vélos) pour Bayonne.

C'est à vous le vélo ?
Nuit à Bayonne, puis retour à Pau, le lendemain, par un train corail. J'irai ensuite par la route à Maubourguet récupérer la voiture. Je case le vélo derrière moi, dans le fond du wagon.
- C'est à vous le vélo là ? me demande la contrôleuse.
Boum, ça y est, je vais me faire taxer !
- Oui, pourquoi ?
- Parce qu'il est tombé ! ...

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