A VTT sur les chemins de Compostelle
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Sauvages, voleurs, menteurs...

Le monde paysan vu par Aimery Picaud

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SerfsPour le pèlerin "ordinaire" du Moyen Age, se rendre à Compostelle, c'est affronter tout au long du chemin un espace rural aux aspects géographiques certes très variés, mais aux murs et usages généralement proches des siens.

En revanche, pour l'intellectuel de l'époque, moine, clerc, seigneur ou simple lettré, le monde qu'il va côtoyer est à mille lieues du sien. Cette odyssée qui l'attend, c'est bel et bien l'entrée en barbarie.Le XII° siècle nous a laissé en la matière un document très éclairant : le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle. Rédigé par un clerc de l'abbaye de Parthenay, en Poitou, le guide informe entre autres des moeurs et coutumes en usage dans les régions traversées. Ce document édifiant nous donne une idée de la violence des préjugés qui animent le monde lettré de l'époque envers celui des paysans.

Ainsi, Aimery Picaud décrit, non sans complaisance, l'épreuve qui attend le pèlerin dans la traversée des Landes de Gascogne comme le pire des affrontements avec une nature ennemie, "par l'enlisement dans les sables marins, au milieu d'un désert et dans l'épuisant harcèlement des nuées de taons qui vous poursuivent".

Après avoir lu ce que l'auteur pense des basques, "Ce sont des gens féroces et la terre qu'ils habitent est hostile aussi par ses forêts et par sa sauvagerie. La férocité de leurs visages et semblablement, celle de leur parler barbare, épouvantent le cur de ceux qui les voient", on se demande comment le pèlerin informé envisageait la traversée de la Gascogne.

Autre vice de la classe paysanne, la cruauté. "C'est un peuple barbare, différent de tous les peuples et par ses coutumes et par sa race, plein de méchanceté, expert en toutes violences, féroce et sauvage, cruel et querelleur. Pour un sou seulement, le Navarrais ou le Basque tue, s'il le peut, un Français."

La liste des perversités dans lesquelles se vautrent les paysans est encore bien longue. Les plaisirs épicuriens deviennent, toujours chez les gascons, des perversions. "...débauchés, ivrognes. Ils mangent beaucoup, boivent sec. Quand on les regarde manger, on croirait voir des chiens ou des porcs dévorer gloutonnement". Les autres peuples, navarrais, galiciens, n'échappent pas non plus à l'avalanche de tous les vices de la création.

Travaux des champsCette vision du monde paysan peut paraître aujourd'hui amusante et folklorique. Mais c'est cette conception qui a malheureusement prévalu des siècles durant. Il n'est qu'à lire Balzac (Les paysans), où plus près de nous encore se remémorer quelques expressions du langage populaire, pour se rendre compte de la pérennité des idées reçues en la matière.

Un de mes meilleurs souvenirs du chemin, c'est cette étape chez des "paysans" qui tiennent un gîte pour pèlerins, dans un hameau du Gers. Deux heures de discussion à bâtons rompu sur le monde d'aujourd'hui, autour d'une table copieusement garnie, dans la salle à manger de nos hôtes. Au menu : accueil simple et chaleureux, produits de la ferme uniquement, commentaires éclairés sur le monde moderne, vin de pays, discussion sur l'internet et les bons sites sur Compostelle, Armagnac maison...

 

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