A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Poitiers - Blaye

Carnets de route

Lundi 4 août 2003, la canicule persiste sur l'ensemble de la France. Visite familiale au Futuroscope de Poitiers. J'en profite pour me faire larguer pour deux ou trois jours sur la voie de Tours, à la poursuite de l'itinéraire du GR655, pour le moment réalisé entre Tours et Saintes .Deux heures de vélo, bien sûr sous la canicule. Je perds beaucoup de temps à Poitiers pour trouver le démarrage du GR qui passe souvent à travers bois et quitte l'agglomération poitevine par des chemins un peu caillouteux par endroits. La campagne, plate et monotone, est grillée par la sécheresse. J'arrive au gîte de la Verrerie pile à la limite prévue, mais je suis accueilli comme un roi, on ne m'attendait plus.

Mardi 5 août, Coulombiers - Saint Jean d'Angély

La matinée est relativement fraîche, pour cette période, mais je sais que cela ne durera pas longtemps. Les chemins du Poitou sont très faciles, un peu trop même et la campagne est dévorée par la sécheresse. Beaucoup d'agriculteurs semblent avoir baissé les bras devant l'ampleur de la catastrophe annoncée. Les feuilles de tournesol sont grillées et le maïs a du mal à survivre aux quelques arrosages sans doute limités. Sur les premiers kilomètres de ces chemins de terre ou d'herbe, je rencontre un couple de pèlerins. Partis de Tours, ils vont jusqu'à St Jean Pied de Port. Ce sont des multirécidivistes du camino, et nous parlons un peu de nos expériences. Plus au fait qu'eux sur la voie de Tours, je leur donne quelques bons tuyaux pour traverser le Sud-Ouest.
Devant eux, un autre marcheur, plus jeune. Lui a dû faire halte forcée deux jours à Lusignan pour cause de tendinite. Appuyé sur deux bâtons, sa marche est encore hésitante et pendant le court temps que durera notre petite conversation, il tombera deux fois, empêtré dans ses lacets et ses bâtons. Je lui souhaite d'arriver à Santiago, mais cela ne me semble pas gagné.

Fini, terminé, je ne rencontrerai plus personne jusqu'à Blaye!Si les chemins sont faciles, la difficulté est surtout de gérer la chaleur, car de 13 heures à 18 heures, je traverse un four. En mouillant le maillot régulièrement à chaque point d'eau, je parviens à survivre jusqu'à St Jean d'Angély. Mais à chaque arrêt, j'avale un plein bidon d'eau. Fort heureusement, la richesse patrimoniale de la région compense ces paysages un peu monotones, probablement plus agréables quand ils sont verdoyants.

Melle

19 heures, St Jean d'Angély. Le gîte se trouve au centre culturel européen que je trouve facilement, mais la cour est déserte, personne, tout est clos. Une affichette m'apprend que l'accueil ferme à 18 heures. Je trouve un hôtel, comme par hasard à deux étoiles, tant pis pour la bourse. En déposant le vélo au parking, je regarde le compteur : 140 kilomètres. Je manque de m'effondrer sous la douche. Rude journée...

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Mercredi 6 août, Saint Jean d'Angély - Blaye

On prend la même chose et on recommence, mais pour une section plus agréable jusqu'à Saintes. D'abord parce qu'il fait encore relativement bon, ensuite parce que ces premiers kilomètres sont plus variés du point de vue du paysage et riches sur le plan du patrimoine. Cette portion de chemin est à inscrire au top 16. Je ne savais pas que Saintes était construite en hauteur, je le découvre en visitant la ville. La crypte de Saint Eutrope est une merveille : il ne doit pas y faire plus de 15 degrés ! Si je m'écoutais, j'y passerais le reste de la journée. Pour la suite, chemins de terre et chemins blancs au milieu des champs de céréales. Cela me rappelle des paysages que j'ai déjà traversés il y a deux ans. Mirage ou fatigue, coup de chaleur, c'est sûr, dans quelques minutes je vais arriver à Carrion de los Condes, ou à Hontanas, à moins que ce ne soit à El Burgo...
La Castille, la Castille vous dis-je !...

Vers Pons

Pour lutter contre la chaleur et le risque d'insolation, j'expérimente une technique nouvelle : je sors la serviette du sac à dos et, à chaque point d'eau que je rencontre, je l'imbibe complètement, puis l'enroule en chéchia sur la tête.

L'eau dégouline sur les épaules, et avec l'air sur le maillot humide, me donne une sensation de fraîcheur qui me permet d'éviter de transpirer, donc de trop boire. Tout est prétexte à me mouiller : robinets publics, bien sûr, mais aussi rivières, lavoirs, arrosages de maïs, et même les bacs cimentés disposés ça et là au bord des chemins forestiers pour les animaux sauvages. J'y dérange même un chevreuil.

Je pourrais me réjouir des quelques passages en forêt qu'offre le parcours, mais les taons assoiffés y rôdent en légions, m'attendant comme par hasard dans les passages en montée. Une piqûre à droite, une autre à gauche... Ces animaux me semblent les plus intelligents au monde !

Avec la traversée de la Charente Maritime prend fin le balisage et il n'y a plus de section sur chemins. Je rejoins l'estuaire par les petites routes et termine cette journée en empruntant une agréable piste cyclable qui conduit à Blaye. Il est 18 heures. Je regarde le compteur. Là encore il indique 140 kilomètres. Inutile de dormir ici pour traverser l'estuaire demain, et sur le goudron, rejoindre la maison par le Médoc que je connais déjà.


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