A VTT sur les chemins de Compostelle
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Il suffit de passer le pont

Franchir les rivières au temps des jacquets

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Pour fréquentées qu'elles soient, entre les X° et XII° siècles, les voies vers Compostelle n'étaient guère aménagées. Une des difficultés majeures que rencontrait le pèlerin était le franchissement des fleuves et rivières. Seuls quelques passages sur les antiques voies romaines encore en état lui permettaient à l'occasion d'utiliser un pont. Mais très peu de cités à l'époque pouvaient s'enorgueillir d'en posséder un. La traversée des cours d'eau se faisait la plupart du temps soit à gué pour les moins profonds d'entre eux, soit avec le recours de bateliers.

Dans son guide du pèlerin de Compostelle, rédigé au XII° siècle, le chanoine Aimery Picaud évoque à sa manière les bateliers de Gascogne.

"Le chemin de Saint Jacques croise deux fleuves qui coulent près du village de Saint Jean de Sorde*(…); il est impossible de les traverser autrement qu'en barque. Maudits soient leurs bateliers ! En effet, quoique ces fleuves soient tout à fait étroits, ces gens ont cependant coutume d'exiger de chaque homme qu'ils font passer de l'autre côté, aussi bien du pauvre que du riche, une pièce de monnaie et, pour un cheval, ils en extorquent indignement par la force, quatre. Or, leur bateau est petit, fait d'un seul tronc d'arbre, pouvant à peine porter les chevaux ; aussi, quand on y monte, faut-il prendre bien garde de ne pas tomber à l'eau (…). Bien des fois aussi, après avoir reçu l'argent, les passeurs font monter une si grande troupe de pèlerins, que le bateau se retourne et que les pèlerins sont noyés ; et alors les bateliers se réjouissent méchamment après s'être emparés des dépouilles des morts".

Pas vraiment honnête ni objectif, le "reportage" de l'ami Picaud, à la fois victime et colporteur des idées reçues de son siècle.

Au fil du temps, sous la "pression" du chemin, de nombreux ponts vont se bâtir. Construits par des "sponsors" bénévoles et altruistes, ou par des moines bâtisseurs, ce sont des éléments clefs du développement économique des régions et des cités.

Certains de ces ouvrages sont toujours en place. Parmi les plus remarquables, on peut citer le célèbre pont à six arches de Puente le Reina sur le rio Arga, bâti au XI° siècle et superbement conservé, le pont à onze arches d'Itero, celui à 20 arches d'Hospital de Orbigo, ou encore le pont Valentré, à Cahors, réalisé au XIV° siècle. Mais il en existe beaucoup d'autres, plus modestes, quelquefois dissimulés, souvent ignorés.

Progressivement, le jacquet n'aura plus à redouter d'être noyé, dépouillé ou escroqué par les passeurs. Pour ce qui est de l'escroquerie…, le franchissement des robustes pont romans ne le dispensera pas pour autant, comme à l'époque des bateliers, de s'acquitter d'un péage...
... Il faut bien vivre avec son temps !

Pont d'Itero

* Aymery Picaud parle des gaves de Pau et d'Oloron, et du village de Sorde l'Abbaye

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