A VTT sur les chemins de Compostelle
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Préparation

Les 10 questions les plus fréquentes

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1. Quelle période choisir ?

Le froid, la pluie et les terrains boueux abîment le vélo, aggravent les difficultés, décuplent les problèmes et sapent le moral.
De longues portions en France comme en Espagne traversent des terrains argileux et utilisent des chemins forestiers, ravinés par l'eau ou les machines agricoles. L'été, est la seule période raisonnable pour la partie française et la traversée des Pyrénées. En revanche, pour la partie espagnole, la situation est plus complexe. Le nord Castille est souvent caniculaire de Juin à Août, tandis que la partie Galicienne peut-être très humide jusqu'au début de l'été, quand ce n'est pas toute l'année. Mais avec les bouleversements climatiques de ces dernières années, il faut s'attendre à tout.
Pour ceux qui voudraient réaliser l'intégrale, l'idéal serait de partir fin Août. Mais il y aura concurrence avec les pèlerins heureux retraités pour l'hébergement.

2. Une préparation physique est-elle indispensable ?

Ne pas trop compter sur les premières étapes pour se rôder. L'organisme risque de ne pas résister, surtout en partant du Puy en Velay ou de St Jean Pied de Port. Pour réussir son camino, il faut impérativement une préparation programmée de manière à pouvoir :

- tenir 4 à 8 heures par jour sur le vélo pendant plusieurs jours, voire quelques semaines
- supporter une charge sur le dos (ou sur le vélo !)
- encaisser les chocs répétés
- supporter les douleurs du vététiste : selle, cou, épaules, dos...
- accepter les intempéries : le temps idéal n'existe jamais. Ou il fait trop chaud, ou trop froid, ou trop sec, ou trop humide, ou trop venteux, ou trop... Ménager ses efforts par grosse chaleur ; au besoin, partir très tôt le matin, comme les marcheurs.

Côté espagnol, partir de Pampelune est un moyen de faire le camino sans trop de préparation. Exceptés la sortie de Pampelune (portillo del Perdon) et quelques passages un peu raides jusqu'à Burgos, la portion Pampelune - Burgos - Leon - Astorga est la plus facile et roulante du camino, soit une petite semaine de randonnée. On est ainsi préparé pour affronter la traversée des monts Cantabriques. Mais rouler, même sur terrain plat, pendant des heures, exige un minimun de préparation.

3. Faut-il une préparation technique ?

Avant de partir, il est indispensable d'être sûr de ses capacités et de bien connaître ses limites. Si vous habitez une région plate, si vous n'êtes pas habitué aux pentes caillouteuses et pentues, faites un séjour préalable en montagne. Lancez-vous dans des grimpettes longues, des descentes un peu imprévisibles, toujours dans la limite du raisonnable. Participez aux randos organisées par les clubs. Testez ce que vous pouvez faire sur le vélo, et ce que vous êtes condamné à faire à pied.
Une fois sur le chemin, prendre garde à toujours rester en deçà de ses limites. Utiliser les cartes, les guides, ou mon site, se renseigner sur place et anticiper sur les passages impossibles. Inutile de s'éreinter à pousser le vélo pour atteindre une hauteur si une petite route peut vous y conduire.
D'une manière générale : si quelques montées sont impossibles sur le vélo, la plupart des descentes sont accessibles au vététiste expérimenté.

4. Comment préparer son vélo ?

Votre monture : il faudra la ménager, la respecter. Utilisez une marque reconnue, munie d'équipements fiables. C'est sur terrain difficile que le bas de gamme vous abandonne traîtreusement.

  • Equipements du vélo
    Quelle que soit la marque, celui-ci doit être pourvu d'éléments indispensables pour le confort et la sécurité du pilote. Si vous envisagez d'investir dans un VTT qui tienne la distance, veillez donc à ce qu'il y ait :
    - Des pneus de qualité (bonne épaisseur, pas de craquelures)
    - Des roues à démontage rapide (pas de boulon !)
    - Freinage : à disque ou V break neuf, bien réglé, souple et puissant.
    - Un blocage rapide de selle (pour pouvoir baisser la selle dans les descentes pentues)
    - Un système de gaines étanches (freins et vitesses)
    - Un garde-boue avant amovible ou carennage de cadre (en cas de terrain humide)
  • Etat du matériel
    - Câbles neufs (freins et dérailleurs)
    - Chaîne et pignons arrières : neufs, mais rodés et testés. Plateaux avant en bon état.
    - Contrôle des serrages : changer toute pièce présentant un peu de jeu ou une usure (axe de direction, axes de roues, cassette arrière, pédalier...)
    - Jantes : neuves ou en excellent état. Observer l'usure en passant le doigt, il ne doit pas y avoir de courbure de la jante.
    - Pédales : automatiques, c'est une sécurité, surtout dans les descentes rapides. Mais il faut y être bien habitué.
    - Pneumatiques. Quoi qu'en pensent certains guides, et même si pas mal de portions de camino sont assez roulantes, je préfère chausser ma monture avec du bon gros pneu cranté. Plus lourd certes, mais aussi plus robuste, il assure davantage dans les passages délicats: cailloux, épineux, parties humides... C'est à la fois un confort et une sécurité. D'une manière générale, j'évite tout équipement trop fragile.
  • Matériel de dépannage
    Tout vététiste se doit d'être autonome dans les réparations basiques (crevaisons, déraillement, rupture de câble, rupture de chaîne, rupture de rayon, déformation de jante...) et doit prévoir le matériel nécessaire. Par précaution, j'emporte quelques pièces supplémentaires très légères et vitales : patins de frein, roulette de dérailleur, rayons. Pour le reste, alea jacta est...
  • Ménager l'engin
    Tout particulièrement dans les descentes caillouteuses (pas d'excès de vitesse au risque de déformer la jante ou casser un rayon). Attention aussi aux sous-bois, surtout en France, très encombrés de morceaux de bois en raison de l'ouragan de décembre 99. Ils peuvent provoquer des chutes ou des incidents mécaniques.

5. Quelles sont les pannes les plus fréquentes ?

Les terrains accidentés sollicitent beaucoup la mécanique. Petites pannes et déréglages sont fréquents. Il faut être parfaitement autonome sur les points suivants.

  • Changer une chambre à air et la réparer. Le pneu de VTT, contrairement à ce qu'on croit, n'est pas increvable ! La partie espagnole (camino francès) ne présente pas de secteurs épineux. Quelques portions en France sont plus à risques : traversée de garrigues (voie d'Arles) et de causses (voie du Puy).
  • Changer un rayon et équilibrer la roue. Une descente un peu rapide, un choc un peu violent, un caillou qui vole et vient heurter la roue, et c'est la jante qui se voile ou le rayon qui claque, quand ce n'est pas les deux à la fois !
  • Mettre un maillon de chaîne. Un pédalage un peu trop sévère, une défaillance imprévue de la chaîne, c'est un maillon qui lâche.
  • Régler le dérailleur avant et arrière. Des sollicitations fréquentes, des passages de vitesse un peu trop en force, le dérailleur se dérègle, les butées s'écartent, la chaîne déraille...
  • Changer les patins et équilibrer le freinage. Des descentes freins bloqués, des passages boueux, les frottements sur la jante usent la gomme (et la jante).
  • Changer un câble. En principe, si le vélo est bien préparé, ça ne doit pas arriver. Mais on ne sait jamais.

6. Quel matériel de dépannage faut-il emporter ?

Impossible de se surcharger, genre vélo de rechange dans le sac à dos. Il faut trouver un compromis : celui qui permet de pallier aux pannes les plus fréquentes. Si vous cassez le cadre, continuez à pied jusque chez le plus proche revendeur.

  • 1 chambre à air (1 seule crevaison en 3000 kms !) + trousse de réparation
  • une clé légère multifonctions, capable de démonter toutes les pièces du vélo
  • deux ou trois rayons neufs
  • burette huile, graisse à suspension (si nécessaire), chiffon
  • une paire de patins de frein
  • une pompe, un bidon 800 ml
  • une minitrousse à pharmacie (pour réparer le bonhomme)

7. Comment charger le vélo et le bonhomme?

BOBLes options possibles :

  • L'option "lourde", avec sacoches latérales garnies, matériel de camping, matériel de cuisine. Beaucoup de passages trop raides vont se transformer en calvaire, avec portage long et éprouvant. Je ne recommande pas cette option, sauf à accepter d'éviter toutes les difficultés du parcours en utilisant des petites routes qui vous feront perdre une bonne partie de l'attrait du chemin.
  • La remorque est quasi inutilisable, chaque étape comportant au moins un passage trop raide, étroit, ou caillouteux.
  • La remorque BOB, sorte de brouette suspendue fixée sur l'axe de la roue arrière, est mieux adapté, mais certaines pentes restent inaccessibles.
  • L'option avec assistance. Pas de charge à porter, mais on utilise un véhicule relais, dont le chauffeur se sacrifie pour une étape. Cette option présente l'avantage de n'avoir rien à porter, si ce n'est un peu d'eau. On peut alors se risquer à suivre l'itinéraire au plus près du balisage. Inconvénient majeur : la coordination entre véhicules et vététistes. Beaucoup d'aléas, d'imprévus, qui contrarient le planning et créent des contretemps pouvant influer sur la dynamique et l'ambiance d'un groupe. De plus, ce choix implique le non usage des gîtes, par respect envers les marcheurs et ceux qui portent tout, dénaturant quelque peu l'esprit du chemin.
  • L'option légère, et même ultra légère. C'est l'option qui a ma préférence. Une mini sacoche de selle et une triangulaire de cadre pour le matériel de réparation. Un sac à dos spécial vélo, au contenu parcimonieusement étudié, ne dépassant pas 5 kg, et c'est tout ! On dort dans les gîtes, sous une couverture, quand il y a de la place, sinon en chambre d'hôte ou à l'hôtel. On se nourrit comme on peut : bon petit déjeuner, grignotage la journée, restaurant le soir. Certains gîtes collectifs, plutôt en France, ont tout le nécessaire pour cuisiner (micro-ondes et couverts). Comme on met à peu près trois fois moins de temps qu'à pied, ce choix ne doit pas induire un budget supérieur à celui d'un marcheur.

8. Quel sac et que mettre dedans ?

Il existe maintenant des sacs à dos de 40 litres parfaitement adaptés à la randonnée VTT : filet pour ventilation du dos, nombreuses pochettes adaptées aux contenu, poids minimal, bretelles larges... Reste à calculer le contenu pour atteindre une charge minimale (moins de 5 kilos).

  • Vêtements "civils" : une paire de tennis ultra légères, 1 paire de soquettes, 2 slips, 1 maillot de bain, un sweet long, 1 tee shirt court, 1 bermuda ou 1 pantalon léger en coton ou mieux encore un pantalon double emploi (long/bermuda, on en trouve chez Décathl...), un bas de pyjama.
  • Vêtements cyclistes : 1 short cycliste sans bretelles (on le lave le soir, enfin ... presque tous les soirs), 2 maillots (un court à mailles fines pour les grosses chaleurs, un autre à manches longues pour les périodes fraîches), 1 paire de chaussures vélo, gants, casque, lunettes.
  • Vêtements "mixtes", pouvant faire double emploi : un sous-vêtement type Rovyl (peut aussi servir pour la nuit ou le froid), un Kway épais (pour la pluie ou coupe vent), 2 paires de soquettes vélo.
  • Hygiène : un petit savon de Marseille, un rasoir jetable, une brosse à dents, un mini tube de dentifrice, un peigne, une mini trousse de secours (pommades, pansements, désinfectant, aspirine, crême solaire), une petite serviette de bain (pour aussi recouvrir l'oreiller) et boules Quiès ! Eventuellement, un sac à viande ultra léger (il en existe en soie) ou un drap housse de 90cm.
  • Petit truc : mettre tout ça dans quelques sacs plastiques séparés. Cela protègera de l'humidité et de la transpiration.
  • Divers : appareil photos (numérique), cartes et porte cartes, crédential, papiers d'identité, imprimé spécial sécu E111 pour assistance à l'étranger, carte bleue internationale, guide (réduit aux pages utiles), carnet, stylo, un bon couteau.
  • Le matériel dépannage vélo doit loger dans une sacoche de selle et une triangulaire, excepté quelques rayons scotchés sur le cadre. Eventuellement un antivol à code (pour éviter de gérer une clef).
  • Les accessoires non indispensables (donc inutiles) : lampe de poche, shampooing et autres savons à barbe, vêtements en double ou triple exemplaire, tout ce qui tient au ravitaillement (on consomme sur place), duvet... et tout le reste...

Bon, bon... c'est un peu spartiate, mais avec ça, on oublie très vite le sac, on ne galère pas dans les montées difficiles, on s'éclate bien dans les descentes, et on apprécie bien mieux tout l'attrait camino.

9. Quand, comment et avec qui partir ?

Chacun ses possibilités, chacun son rythme, chacun son ... chemin. Alors, partir seul, à deux, à plusieurs, quel est le meilleur choix ?

Les périodes hautes (Juillet/Août) sont bien évidemment les plus chargées. En Espagne, cela commence encore plus tôt et se termine plus tard. Hors saison, de nombreux gîtes sont fermés.
Plus on approche de Compostelle, plus il y a de monde. Beaucoup d'espagnols n'effectuent que les dernières étapes du camino, celles à partir desquelles on vous délivre la "compostella". Il paraît que çà fait bien sur les CV ! Mais cela diminue d'autant les capacités d'accueil : presque trois fois plus de "pèlerins" recensés à St Jacques qu'à Roncevaux ! Pour obtenir une place, certains marcheurs n'hésitent pas à partir très tôt, souvent même avant le lever du jour. Ils arrivent aux gîtes dès le milieu de matinée, avant même le petit déjeuner espagnol. Le pauvre vététiste, qui profite de la relative douceur des fins de journées pour pédaler un peu, diminue d'autant ses chances de trouver une place.
Pas de réservation dans les gîtes espagnols, et c'est bien mieux comme çà ! Mais on peut réserver chez l'habitant.

  • En groupe : lire mes carnets de route entre Le Puy et Figeac, cela donne une idée. "Le groupe" est souvent au coeur du débat sur la nature et le sens du chemin, perçu comme agressif, bruyant, replié sur lui-même, accapareur de gîtes et autres vilains qualificatifs. Si randonner en groupe rassure et sécurise, cela ne favorise pas l'ouverture aux autres et bien souvent nous fait passer à côté du chemin. Alors, si en plus de celà, vous arrivez en VTT !...
  • A deux : la meilleure option sans doute, mais le partenaire parfait existe-t-il ? Quand à moi, je l'ai trouvé durant une courte période. Pour le savoir, lire mes carnets de route Cahors-Aire sur Adour, Pampelune-Leon et Captieux-St Jean Pied de Port.
  • Seul : personne avec qui s'eng... et ne s'en prendre qu'à soi-même. Pour avoir désormais choisi cette option depuis 2002, c'est une expérience unique à tenter, une étonnante sensation de liberté qui favorise les contacts et procure un regard différent sur les chemins et ceux qui les pratiquent. Seule petite contrainte : rester bien en deçà des limites qu'impose la sécurité.

10. Combien de temps?

La question que chacun se pose et à laquelle on peut répondre par "çà dépend..."

  • De l'itinéraire choisi : selon que vous prendrez la voie du Puy (plutôt difficile) ou la voie de Tours (plutôt plate)
  • De votre préparation physique : alors là, à chacun de voir...
  • Des étapes : entre 50 kilomètres en Castille et 50 kilomètres au Pays Basque, il y a une sacrée différence
  • Des aléas : météo, état des chemins, incidents mécaniques, visites de sites, erreurs de parcours...
  • De votre chargement : entre une paire de sacoches de plusieurs kilos chacune et un petit sac sur le dos, le handicap n'est pas le même

Je préfère étalonner ma progression en terme "d'équivalent marcheurs". Pour une moyenne de 6 heures de pédalage par jour, vous réaliserez l'équivalent de deux étapes pédestres (1 étape pédestre = 25/30km) sur terrain difficile, 3 sur terrain moyen, 4 sur terrain facile. Soit de 8 à 10 jours pour l'étape St Jean Pied de Port - Compostelle.

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