A VTT sur les chemins de Compostelle
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Comment franchir les Pyrénées

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Pour le pèlerin médiéval, les Pyrénées constituaient l'un des obstacles majeurs de son long périple vers Compostelle. Cette imposante chaîne montagneuse n'augurait pour lui rien de bon : rudes montées, intempéries, absence de gîte, manque de nourriture, ours et loups… angoisses, certes justifiées, mais quelque peu démesurées, qu'alimentaient les récits homériques de voyageurs imaginatifs. Tout cela ne l'incitait guère à l'optimisme. Et c'est le cœur serré que, dès les collines du Gers, il voyait au fil des jours cette barrière, fascinante mais inquiétante silhouette, grandir peu à peu devant lui.

Deux passages historiques franchissent les Pyrénées sur les chemins de Compostelle : le port de Cize (col de Bentarte) pour la via Podiensis (voie du Puy en Velay) et le col du Somport pour la via Tolosane (voie d'Arles).

Vallée de Rioumajou

A l'ouest, en Pays Basque, le port de Cize permet de passer la frontière entre St Jean Pied de Port et Roncevaux. La montée y était longue et rude pour le pèlerin qui suivait là une antique voie romaine. Au bout de l'étape, l'hospice de Roncevaux, spécialement bâti pour lui, l'y accueillait dès la fin du XII° sicle.

Plus au centre de la chaîne, le col du Somport faisait office de frontière entre Béarn et Aragon. Un monastère y fut créé dès le XI° siècle. Lieu indispensable de refuge pour les pèlerins égarés dans la tempête, la neige ou le brouillard, il fonctionnait encore au XVI° siècle, mais aujourd'hui, il n'en reste que quelques pierres. Avec ses 1632 mètres d'altitude, le Somport est le point le plus haut de tous les grands chemins de Compostelle. Europe aidant, un poste de douane déjà délabré marque toujours la frontière, mais disparus les barrières, les douaniers et les contrôles !

Pourtant bon nombre de pèlerins utilisaient d'autres passages pour franchir les Pyrénées. Déjà, au départ de St Jean, certains préféraient le passage, moins haut et moins raide, par Valcarlos, la vallée de Charles. C'est ici qu'eut lieu la célèbre bataille de Roncevaux, entre l'arrière garde de Charlemagne, commandée par Roland, et les soi-disant sarrasins, en fait des vascons (basques) très fâchés d'avoir vu leur ville de Pampelune pillée par l'armée du futur empereur. Plus en vallée, mais plus boisé, le passage par Valcarlos est à présent recouvert par une route nationale à grande circulation et ne présente guère d'intérêt pour le pèlerin randonneur.

Certains, comme Guillaume Manier en 1756, faisaient le choix de contourner les Pyrénées en empruntant la voie littorale, par St Jean de Luz, Hendaye, Vitoria, pour rattraper ensuite le camino francès. D'autres enfin, plus hardis, audacieux ou inconscients, se risquaient au cœur même des montagnes. C'est le cas de ceux qui empruntaient la vallée d'Aure puis la vallée du Rioumajou. Très isolée, à l'écart des routes, c'était en fait un chemin de transhumance pour les troupeaux. Dans un beau cirque sauvage, qu'on atteint par un joli chemin de montagne, se dresse l'ancien hospice de Rioumajou. Aujourd'hui relevé de ses ruines, il sert de refuge aux randonneurs.

C'est aussi le cas de ceux qui passaient par Gavarnie et qui, sans risquer tout de même la montée par la brèche de Roland (lieu mythique au cœur du cirque mais n'ayant jamais vu ni Roland ni le moindre pèlerin), franchissaient le Port de Boucharo, sur le versant ouest du cirque. A Gavarnie, un prieuré dont il subsiste l'église du XIV° siècle, les accueillait avant l'ultime et périlleuse ascension.

De toutes ces traversées, seuls les ports de Cize (ancien nom du col de Bentarte et autres passages jusqu'à Roncevaux) et le col du Somport sont accessibles au vététiste. Le col du Somport ne se franchit que par la route, mais un sentier de montagne existe pour les marcheurs. Le chemin aragonais de descente, lui, est emprunté depuis des siècles par tous les pèlerins. Sur certains tronçons, encore recouverts de pavés anciens, on ressent vraiment de "bonnes vibrations", au propre comme au figuré.

Le col de Bentarte, petite route goudronnée dans la portion française, devient ensuite piste facile jusqu'à Roncevaux. Cette rude grimpette allie à la fois difficulté physique, beauté de paysage, sérénité du lieu et richesse historique… Un doux cocktail digne d'un vrai chemin de Compostelle.

Gavarnie : la brèche de Roland

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