A VTT sur les chemins de Compostelle
Carnets de route

Sorde l'Abbaye - Puente la Reina

Carnets de route

Jeudi 15 avril 2004, Sorde l'Abbaye - St Jean Pied de Port

Une petite fenêtre de météo favorable entre deux longues périodes de mauvais temps m'incite à partir pour 2 jours sur le camino, histoire de "finir" la voie de Tours depuis Sorde l'Abbaye, grimper pour la èniéme fois le col de Bentarte, redécouvrir la section Roncevaux-Pampelune, dont l'itinéraire a beaucoup changé depuis mon passage en 1995, et finir le camino aragonais à partir de Tiébas.

Je laisse la voiture à Peyrehorade et rejoins la voie de Tours à Sorde l'Abbaye. Comme prévu, c'est une belle journée de printemps qui s'annonce, malgré une matinée encore bien fraîche. Le mauvais temps qui sévit tout ce mois d'avril n'a pas affecté les chemins qui restent relativement propres, très praticables et plus qu'agréables. Je me laisse conduire par le balisage réalisé par l'association landaise, un peu aléatoire, mais qui me mène sans problème ni rencontre sur les très beaux chemins du Béarn.

Près d'Arrancou, une dame d'un certain âge m'interpelle au passage :
"Beau temps, belle journée, ... Je suis la soeur du maire, sa petite soeur..."
Je lui réponds que je ne manquerai pas de saluer son frère de sa part en passant devant la mairie.

L'horaire d'ouverture du bâtiment public ne correspondant pas à celui de mon passage, je ne peux m'acquiter de la tâche (à mon grand regret). Les paysages autour d'Arrancou sont superbes, les Pyrénées encore bien enneigées.

Vers St Jean le Vieux

J'arrive à St Palais aux alentours d'une heure puis rejoins Gibraltar, le fameux point de rencontre des voies françaises vers Compostelle. L'heure déjà tardive me permet de continuer jusqu'à St Jean Pied de Port sans gêner grand monde. Seuls quelques randonneurs lézardent au soleil d'Ostabat. Rien n'a changé depuis mon dernier passage, 3 ans plus tôt.

A St Jean, l'accueil des pèlerins m'offre la dernière chambre disponible, à deux places, où je serai apparemment seul puisque dernier arrivé, comme d'habitude.
- Par où comptez-vous passer pour aller à Roncevaux ?
- Ben... par le chemin balisé, le col de Bentarte...
- Vous avez de la chance car hier encore, vous n'auriez pas pu passer. Il a beaucoup neigé ces jours-ci et même demain, vous risquez de rencontrer des plaques de neige et de la boue.
- Ah bon, mais vu depuis la vallée, il n'y a pas de neige pour monter au col.
- Oui mais côté espagnol c'est différent.

Prise de contact
Je suis accueilli au gîte par la célèbre Jeanine, en passe d'acquérir le statut de figure du chemin. Le gîte possède un four micro-ondes, et plutôt que de dîner seul en ville, je préfère investir dans quelque plat préparé que je dégusterai avec les autres. Mais je ne me retrouverai qu'avec trois italiens peu locaces (ils sont du nord) qui ont surtout choisi de parler entre eux.

Un américain vient de débarquer par le train et occupe l'autre couchette de la chambre. Il est un peu perdu pour ce premier jour et cherche des compagnons de route pour le guider. Je lui réponds que mon statut de vététiste n'est guère compatible, mais que de toutes manières, à pied, on n'est jamais seul sur le camino.
Je passe le reste de la soirée à bavarder de tout et de rien avec Jeanine, dans le séjour du gîte. Pendant ce temps, l'américain enregistre ses premières impressions sur son magnétophone de poche.

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Vendredi 16 Avril, St Jean Pied de Port - Pampelune

L'américain voisin de couchette m'avait demandé de le réveiller à 7 heures, en fait c'est lui qui s'est levé le premier et m'a réveillé à 7 heures...

Petit déjeuner plus convivial que le dîner, en compagnie d'un groupe très hétéroclyte de suédois, français, italiens et américain. Tout le monde plie bagage et je reste aider Jeanine à ranger la cuisine et faire la vaisselle. Je n'attaque pas une étape difficile avant d'avoir laissé filer le petit déjeuner pendant au moins une heure. Pas envie de cracher mes boyaux dans les lacets du col...

Col de Bentarte

Le temps est redevenu maussade, mais l'horizon n'est pas bouché et la température suffisamment fraîche pour attaquer la longue grimpée du col de Bentarte dans de bonnes conditions. Au fur et à mesure, je rattrape les marcheurs du gîte, puis ceux partis plus haut de Honto, et finalement, je me retrouve complètement seul en passant en Navarre.

Effectivement, des plaques de neige recouvrent encore le chemin dans les parties abritées, mais celà donne du piquant à l'itinéraire. En revanche, le ciel s'assombrit de plus en plus et je redoute qu'une pluie glaciale ne vienne perturber mes projets. Les premières gouttes se manifestent à Roncevaux où je ne m'attarde pas, pensant que la descente dans la vallée m'apportera des éclaircies salutaires. Erreur !

Il pleut encore plus à Burguete et le brouillard s'abat sur un camino déserté de tout occupant. Je ne vois rien autour de moi, le paysage est bouché, les chemins de plus en plus boueux. Rien de bon, et aucune amélioration ne survient. En plus, il commence à faire froid et l'humidité me transperce la peau. Heureusement que j'ai investi dans un bon Kway avant de partir. Pour franchir l'alto de Mesquiriz, j'utilise le sentier balisé au-dessus de la route. Plus grosse erreur encore : des passages ont été récemment labourés et la terre colle irrémédiablement au vélo, même en passant à pied, au point que les roues refusent de tourner. Grosse, mais grosse galère...

C'est complètement frigorifié que j'arrive en râlant pour une pause sous le fronton couvert de Linzoain, en compagnie de deux jeunes australiens, mais c'est sûr, la pluie ne cessera plus maintenant. A contre coeur, je suis obligé de continuer par la RN, seule issue pour ne pas retomber dans le piège des passages boueux. Je suis très heureux de retrouver une montée qui permet de me réchauffer un peu et c'est à regret que j'entame la descente du puerto de Erro, à toute petite vitesse pour ne pas congeler inondé.

Zubiri... Ouf... Les douches du gîte sont ouvertes. L'eau chaude me requinque un peu, mais tout mon sac est mouillé. Je passe une heure entière assis sur le radiateur du dortoir, histoire de retrouver une température corporelle à peu près normale. L'ambiance du lieu est tristounette, peu communicative. Le mauvais temps probablement... Je décide de finir l'étape par la route. Je chercherai un hôtel à Pampelune, car toutes mes affaires sont mouillées et j'ai besoin d'un minimum de radiateurs pour tout sécher.

Pampelune : malgré mon état pitoyable, on m'accepte à l'hôtel en face de la gare routière, ce qui n'est pas le cas du couple de "métèques" qui m'avait emboîté le pas dans le couloir. Accueil oui, mais sélectif...
Demain je prendrai le bus pour San Sebastian, puis le train pour Irun, et je retournerai à Peyrehorade par la route récupérer la voiture. J'avais prévu de rejoindre la camino aragonais à Tiébas, pour continuer cette partie du chemin jusqu'à Puente la Reina, car je n'avais pas eu le temps de le faire l'année dernière. Tant pis, ce sera pour une autre fois, et tant mieux puisqu'il me reste encore des projets.

L'entrée en Navarre

Ce n'est donc que partie remise et je reprends l'itinéraire à Roncevaux le...

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Lundi 5 juillet 2004, Roncevaux - Cizur Menor

... avec la pluie qui semble vouloir m'attendre mais, miracle du versant méditerranéen, laisse la place à un soleil radieux dès la frontière franchie. Chemins secs, soleil et fond d'air frais, les conditions idéales pour le VTT. L'itinéraire, bien qu'à profil descendant, est souvent bosselé.

Pas mal de marcheurs également, mais je m'attendais à pire. J'avais déjà constaté une petite baisse d'affluence au début juillet, cela semble se confirmer. La jeunesse espagnole en est encore au stade des préparatifs, c'est le moment de profiter du calme relatif des chemins. Le pays basque est quand même bien plus beau sous le soleil.

L'itinéraire, que j'avais emprunté en 1995, a pas mal changé depuis et je ne reconnais pas grand chose. Beaucoup de sections aménagées en pavés, ou spécialement gravilllonnées. La descente du puerto de Erro a été arasée au bulldozer, c'est un super spot sans grand risque de gamelle.

Pampelune

Je le répète et j'insiste : vététistes, pour garantir la convivialité du camino, fixez une clochette à votre cintre, vous apprécierez l'utilité de ce simple accessoire. Les marcheurs vous entendent venir et votre passage n'est pas vécu comme une agression.

La feria de Pampelune commence demain, mais la ville est déjà en effervescence. Pour preuve, en arrivant sur la place des arènes, une imposante manifestation des défenseurs de la cause animale. Pour étayer leurs arguments, ils ont choisi de défiler en sous-vêtements (et pas toujours le haut pour les filles) et cornes de taureau (en plastique probalement) sur la tête. Même les pro-corrida apprécient le défilé ! Quand la jeunesse espagnole a des convictions, elle n'a pas peur de les afficher haut et fort. Je n'ai pas eu le temps de faire des photos, dommage...

17h00. J'avais prévu de rejoindre Tiebas pour faire les derniers kilomètres du camino aragonais que je n'avais pas pu réaliser l'été dernier. A tout hasard, je m'arrête à Cizur Menor, pensant que l'auberge est complète depuis un bon moment. Surprise, il y a plein de places et on est prêt à m'héberger, mais l'hospitalero découvre après coup ma tenue de cycliste et m'invite à aller à l'auberge privée juste à côté. Pas de problème non plus, l'accueil est connu pour être sympathique et l'auberge est accueillante avec son jardin ombragé. Il y a de la place partout et nous ne sommes qu'une poignée dans le dortoir de 20. C'est pareil aussi dans les autres dortoirs. Etonnant...

Je termine la journée en retournant à Pampelune me perdre dans cette ville sans signalisation.

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Mardi 6 juillet 2004, Cizur Menor - Tiebas - Puente la Reina

Réveil à 7h45 ! Le dortoir est vide, excepté mon voisin de lit, un pèlerin belge qui est parti de Vèzelay et semblait lui aussi avoir besoin de récupérer. Vite vite, il faut déguerpir, la femme de ménage va arriver.

Je rejoins le camino aragonais à Tiebas, en utilisant une petite route, mais j'ai un peu les jambes en coton ce matin. Sans doute la conséquence d'une dernière semaine de boulot un peu fatigante et un trou dans ma préparation physique. Pas grave, l'étape est courte et puis si nécessaire, je prendrai le bus pour revenir à Roncevaux.
Très belle fin de camino aragonais. Le ciel est encore dégagé, mais le vent a viré au sud et ça sent l'orage. Il paraît que la chapelle d'Eunate est située sur une zone qui dégage des ondes énergisantes. Je m'y arrête un instant pour capter l'atmosphère du lieu et saisir quelques "ondes" au passage. J'ignore encore que je vais en avoir bien besoin...

Puente la Reina, le temps menace, je vais prendre le bus pour revenir à Pampelune. Oui mais comme la feria commence aujourd'hui, il y a du monde à l'arrêt. Un premier bus passe, complet, mais le chauffeur nous fait signe qu'il y en a un autre juste derrière. La vingtaine de personnes qui attendaient finit par réussir à monter sauf trois "couillons" dont moi, qui devront attendre le prochain (dans 3 heures !) ou faire du stop, ou rentrer à vélo par la route. Au loin les nuages s'épaississent.

Très désagréable ce retour par la RN, mais les ondes d'Eunate... me propulsent jusqu'au massif del Perdon que je choisis de descendre par le camino, tellement la circulation des camions est exaspérante. Faire le camino à l'envers, c'est amusant, mais on s'aperçoit que le fléchage est conçu pour aller à Santiago, pas pour en revenir. Le ciel est sombre au-dessus de Pampelune.

Vers Eneriz

14 h00, Pampelune. Après avoir tournicoté une demi heure en ville pour retrouver la gare routière (srcongneugneu de signalisation absente !), je me renseigne pour les bus. Le prochain pour Roncevaux part à 18h00 ! Pas très envie de rester au milieu des milliers de festayres blancs et rouges, pas mon truc. Donc pas le choix : revenir à Roncevaux par la route, en espérant que les ondes bénéfiques d'Eunate auront un effet sur positif sur la forme physique et sur la météo, parce que dans ce sens, ça grimpe pas mal : plein de bosses et faux plats montants, plus 5 km d'ascension pour le puerto de Erro et 3 autres pour l'alto de Mesquirritz.

Et dire que je pensais me faire une journée peinarde...

 

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