A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

10 ° étape

Eric dévore les kilomètres à vélo et s'est lancé un défi : du Mont Saint Michel à Santiago, plus de 1800 kilomètres en 12 jours... Une condition physique au top niveau pour des étapes marathon, avec un VTT de 25 kg. Une autre manière de faire le chemin….

Textes choisis

ETAPE 10
LUNDI 12/05/2003
LEON / PONFERRADA
116 km en 5H35
Moyenne : 20.78 km/h
TOTAL : 1606 km

Comme prévu, la nuit n'a pas été bonne. Je me suis réveillé souvent et vers 6 heures n'y tenant plus, je suis debout. Inconsciemment ce problème m'a empêché de dormir (On dirait ma mère, à qui j'ai causé bien des nuits blanches !). Cela serait trop bête qu'un problème d'argent gâche cette belle aventure et si près du but en plus ! Je m'habille rapidement. Je me surprends à prier Saint-Jacques en passant près de la cathédrale pour me rendre au guichet automatique. La tension nerveuse est à son comble quand j'introduis ma carte dans la machine et je n'en mêne pas large. Mais saint-Jacques ne peut rien rien contre les lois économiques modernes, et j'ai droit au même refus net et catégorique qu'hier. Le doute s'installe et pleins d'images me passent par la tête, négatives bien sûr ! Aussi, il ne me reste plus qu'une seule chose à faire : Appeler mon sponsor officiel, la seule personne capable de me sortir de cette affaire : ma MAMAN ! Et oui, j'appelle ma mère au secours et alors ! Il est 8 heures du matin et moins d'une heure après super maman me fait parvenir des Euros que je réceptionne à la poste principale de Léon. Je retrouve le sourire et la pêche car avec cet argent providentiel je pourrai continuer mon voyage au moins jusqu'au cap de Bonne Espérance !

Moi qui pensais prendre du retard sur mon tableau de marche avec cette mésaventure, il n'en est rien. En plus, je franchis le 1500ème kilomètres ce matin ! Je quitte la ville par le pont de San arcos sur le Bernesga en direction d'Astorga et les terres arides du Paramo, ce qui me fait traverser une bonne partie de la Castille et de sa campagne. Une fois arrivé à Astorga, je fais une pause pour prendre une photo d'un palais construit par l'architecte Catalan Antonio Gaudi, très connu pour son style et ses créations à Barcelone. Il abrite un Museo de los Caminos ( Musée des chemins de Saint-Jacques et des voies romaines). A proximité, je fais la connaissance d'un jeune cycliste Suèdois. Le monde est petit pour qui pédale dessus. Il est très bavard et tout en m'offrant des gâteaux qu'il vient d'acheter et qui sont une spécialité de la région, il m'explique qu'il vient du Portugal et qu'il a l'habitude de voyager ainsi en vélo. Cela se voit d'ailleurs rien qu'à son matèriel. Je lui parle à mon tour de mon voyage et je prends congé. Je trouve un endroit un peu plus loin pour faire un pseudo repas encore à base de tortillas et de tapas et hop, ça repart.

La crème solaire est obligatoire car le soleil tape fort aujourd'hui. Je m'écarte rapidement de la grande route pour suivre le chemin de Compostelle qui coupe à travers les monts de Leon et passe par Rabanal del Camino pour rejoindre la zone minière de Ponferrada. La route commence à s'élever doucement mais sûrement. Je traverse de jolis villages authentiques et pittoresques et soudain de la neige au loin sur ma gauche. Nous sommes au mois de mai et j'espère que le col que je dois franchir ne passe pas par-là ! La pente se durcit de plus en plus et je dois me résoudre à marcher en poussant le VTT car entre 7km/h à pied et 9 à 10km/h sur le vélo, je choisis de marcher pour m'économiser un peu. Le vent de face ne faiblit pas et m'oblige à faire plus d'effort. Le paysage est grandiose avec à ma gauche des sommets enneigés, derrière moi la plaine de Castille qui s'éloigne et devant cette petite route de montagne qui serpente. Seul, seul… je suis tout seul au milieu de cette magnifique nature. L'impression est étrange mais ne me déplait pas, bien au contraire, et c'est sûrement ce que je cherchais en partant du Mont Saint-Michel il y a plus de 10 jours. Me retrouver ainsi avec moi-même. Une sorte d'introspection. C'est dans cette partie du parcours que je rencontre l'un des meilleurs exemple des " Monjoies ", appelés aussi " Milladoiros " dans le nord-est de la péninsule. Ce sont d'énormes tas de pierres surmontés d'une croix, qui indique la route et invite le voyageur à déposer sa contribution de pierre…ou de chaussures usagées !

Dernier arrêt avant le col de Foncebadon (1517 mètres) dans une auberge qui doit aussi servir l'hiver aux randonneurs et skieurs de fond. J'y rencontre une française qui fait aussi le pèlerinage mais à pied. Nous échangeons rapidement nos impressions. Malheureusement, une fois de plus, vu le rythme que je m'impose et le profil sportif de mon voyage, je ne suis pas en " connexion " avec les gens que je croise. Ma démarche d'aller le plus vite possible d'un point à un autre, surtout sur ce genre de parcours n'est pas commune. Cela ne remet évidemment nullement en cause le respect que nous avons l'un vers l'autre concernant le choix de notre voyage, mais nous sommes deux styles de pélerins différents. Plus loin, dans un autre hameau, qui ne comporte pas plus de quatre ou cinq maisons, je peux lire une pancarte sur la route qui dit : " NON A LA GUERRE, OUI A LA VIE " ! C'est aussi cela la mondialisation en un endroit perdu à plus de 1000 mètres d'altitude et où ne passe pas plus de 10 voitures par jour (Pour information, nous étions en plein conflit Irakien). La fin de l'ascension est superbe mais dure. La descente le sera tout autant. En effet, 3 heures pour monter et seulement 15 minutes environ pour dévaller les 15 km de descente. Je file à plus de 60, 70km/h. C'est un peu dangeureux mais tellement grisant. Je coupe les virages et recherche la meilleure trajectoire possible. Une telle exaltation que j'ai envie de remonter pour avoir la possibilité de refaire cette descente démoniaque !

Mes jambes sont un peu lourdes quand même, surtout à cause du vent de face qui m'a épuisé sur tout le parcours depuis ce matin. Je décide donc de stopper pour aujourd'hui à Ponferrada, qui tient son nom de l'ancien pont renforcé en fer (Pons Ferrata). Nouvelle pension rapidement trouvée mais je ne pourrai pas y garder mon VTT, ce fidèle compagnon de route, avec moi dans la chambre. Je stresse un peu mais le local à l'air sécurisé, alors ? Je pars ensuite en quête d'un restaurant, ou en tout cas d'un commerce qui fasse quelque chose à manger. Il est 20 heures, cela devrait pouvoir se trouver ; Et bien non ! Ma théorie se vérifie : Les Espagnols ne mangent pas, ils ne font que grignoter toute la journée ou alors ils se cachent au fond des caves pour pouvoir se restaurer ! Mais moi je pédale comme un damné toute la journée et j'ai une faim de loup ! Je fais plusieurs kilomètres sur le pavé de Ponferrada et rien. Alors, j'atteris dans un erzats de pizzéria/fast-food où je réussis quand même à me nourrir avec de la viande et où la serveuse est assez mignonne. J'ai beau être un cycliste fatigué et affamé, je n'en reste pas moins un homme !

Mon esprit vagabonde un peu et je repasse dans ma tête le film de la journée. Petite étape aujourd'hui avec seulement 116 kilomètres au compteur, mais la quantité a été remplacée par la qualité avec un gros dénivelé et le passage de cols.

Eric
eric.ide@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/tri-running-sport

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