A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

11 ° étape

Textes choisis

Eric dévore les kilomètres à vélo et s'est lancé un défi : du Mont Saint Michel à Santiago, plus de 1800 kilomètres en 12 jours... Une condition physique au top niveau pour des étapes marathon, avec un VTT de 25 kg. Une autre manière de faire le chemin….

ETAPE 11
MARDI 13/05/2003
PONFERRADA / PALAS DE REI
168 km en 7H50
Moyenne : 21.45 km/h
TOTAL : 1774 km

Départ de bonne heure et de bonne humeur ce matin. Mais comme je voudrais être à Santiago ce soir, je commence à accélerer l'allure dès les premiers kilomètres et évidemment je regarde moins la carte et donc par conséquent… Je vais dans le mauvais sens. Le temps de retrouver la bonne direction, j'ai perdu une énergie précieuse et de longues minutes. J'ai fait environ 10 kilomètres pour rien. Cela commence bien ! Je traverse les champs fertiles du Bierzo et je passe Cacabelos, village qui prête son nom au vin de la contrée. Le tronçon du chemin prend fin à Villafranca del Bierzo, où les pélerins jadis qui se trouvaient dans l'impossibilité de continuer pouvaient considérer leur périple terminé et bénéficier des mêmes grâces que s'ils étaient allés jusqu'à Compostalle. En sortant de Villafranca, je suis les détours du Rio Valcare, abandonnant du même coup les riches plantations pour pénétrer dans la zone montagneuse. Je suis libre et heureux.

Le seul point négatif est qu'à certains endroits, je croise ou vois une grande route qui détèriore toute la vallée et le panorama. C'est aussi ça la modernité du chemin vers Compostelle. A partir du village de Ruitelan la route s'éleve tout de suite et cela ne cessera pas jusqu'à Pedrafita do Cebreiro (1099 m) qui ferme la vallée et où je fais une pause avant d'aller au col d'El Poyo qui est lui à 1337 mètres. Enfin, la montagne est superbe et il fait un temps clair et magnifique. Je mange le meilleur bocadillo du voyage et je m'élance pour le col ! Arrivé au village d'O Cebreiro, je découvre un ensemble de curieuses chaumières, les Pallozas, aux murs de pierre et aux toits de chaume, d'origine celte, qui étaient encore habitées il n'y a pas très longtemps.

Je passe ensuite par Linares et c'est à ce moment que la journée bascule. La route monte sans fin, le vent de face m'épuise et commence à me rendre fou car ma moyenne baisse et j'y laisse beaucoup d'énergie en cette fin de voyage. Je suis obligé à nouveau de marcher à plusieurs reprises et j'avoue que le moral en prend un coup. C'est comme abandonner dans une course ou un marathon, on n'est pas fier. Je continue tant bien que mal jusqu'au col de San Roque puis celui de O Penedo. Ce dernier col passé, la descente tant attendue n'est pas au rendez-vous. Et non, la route va faire " des montagnes russes " pour me faire successivement passer à 1270 mètres puis redescendre encore et enfin remonter à 1335 mètres d'altitude à l'Alto del Poio. La devise du chemin n'a jamais autant bien porté son nom : E ultreïa. E suseïa ! (Plus loin, allons. Plus haut, allons !). Maintenant, l'heure est enfin venue de descendre par les villages de Fonfria, puis Biduedo.

Mais la route reste infernale avec une succession de montées et de descentes qui m'usent et me prennent mes dernières forces. Le vent est infernal car il est permanent et de face, si bien que je suis obligé de pédaler dans les descentes pour garder ma vitesse. Un comble ! Je ne vais pas dépasser les 52km/h. Une rigolade quand on pense que j'ai fait 73km/h avant d'arriver à Pampelune il y a quelques jours. Les kilomètres ne défilent pas comme à l'ordinaire, la moyenne horaire est très faible et le vent ne cesse pas. A vouloir passer en force mes jambes faiblissent et je fais une hypoglycémie ! Je suis littéralement " scotché " à la route et qui plus est en plein milieu de nulle part. Dur, dur.

Je prends ce qui reste dans mon sac pour me ravitailler, et j'essaye de repartir vaille que vaille à pied en poussant le vélo. Je ne dois pas être beau à voir et Bruno et Géraldine, des amis, qui m'ont appelé à ce moment, ont du sentir mon désarroi et ma grande faiblesse. J'en profite d'ailleurs pour m'excuser des nombreux jurons lancés à tu-tête dans la campagne espagnole à l'encontre des éléments naturels! Si j'avais su que la fin du parcours était aussi accidentée et pénible, je n'aurais peut-être pas envisagé ce voyage... C'est vous dire l'état du bonhomme! La région de la Galice, tous les pélerins en rêvent. C'est la fin de la chaleur. Ce sont des paysages verts, c'est un peu la Bretagne, le Finistère. Mais elle se mérite vraiment par son accès très difficile et montagneux.

Les kilomètres sont interminables et j'ai l'impression que le temps s'est arrêté. Enfin, je vois surtout qu'il me reste plus de 110 kilomètres avant Santiago et que si je veux faire une petite étape demain, il va falloir que je puise dans mes dernières réserves pour "m'arracher". J'ai de toute façon bien compris que la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle ne sera pas pour aujourd'hui ! L'objectif premier était la ville de Portomarin, un vieux village médiéval qui fut englouti par les eaux du barrage de Belesar et reconstruit à proximité, mais après la pause à Samos et son magnifique monastère, je retrouve un peu de volonté et d'énergie. Je continue tout en médisant les employés de la " DDE " espagnole pour leurs routes escarpées. Je m'engage alors sur un tronçon du chemin loin de tout et qui me paraît interminable. Ai-je bien fait de continuer ? Il n'y a que 12 kilomètres avant le prochain repère sur ma carte mais je suis à l'agonie.

Après un moment qui m'a paru une éternité, je retrouve une grande route et par chance des motards de la Gardia Civil. Je leur demande ma direction et ils me disent qu'en vélo je peux emprunter un petit chemin balisé vers Palas de Rei. Et là, à nouveau dur, dur, car je me retrouve sur une petite route cassante en pleine campagne. La chance est avec moi, car à mi-route se trouve une ferme qui fait aussi auberge. Ses propriétaires me sauvent quasiment la vie en quelque sorte parce que ce Coca cola et ce bocadillo façon " campagnarde " sont parfaits pour moi qui suis plus qu'épuisé. Je mange, que dis-je, je dévore ce sandwich assis dans la cour de la ferme en compagnie des chiens de gardes plutôt indifférents à ma présence et les moutons qui se promènent librement. Le bonheur quoi !

Après ça je repars requinqué et je sais que je vais finir cette étape et surtout me rapprocher de Saint-Jacques de Compostelle. Cette fois-ci plus de descente, que des montées, à croire que ce chemin est un véritable chemin de croix ! J'arrive un peu tard à Palas de Rei, vers 18H30, mais content et qui plus est bien plus en forme que tout à l'heure. Je trouve immédiatement une chambre et je fais le bilan : journée d'enfer avec une route difficile et un vent de face omniprésent. J'ai quand même réussi à faire 168 km mais en passant près de 8 heures sur la machine. La soirée s'annonce tout de même très belle car il ne me reste plus que 67 kilomètres demain à faire avant d'atteindre le but ultime de mon voyage : la cathédrale de Santiago et son portique de la gloire.

Signe du destin, je trouve dans cette petite ville un vrai restaurant, où je peux manger des PATES ! Malheureusement ce festin est un peu gâché par mon voisin de table, un jeune homme du village bien aviné qui veut absolument me parler en espagnol avec moi. Poliment, je tente de lui expliquer que je ne comprends rien et je finis par l'ignorer gentiment et savourer mon repas.

 

Eric
eric.ide@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/tri-running-sport

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