A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

5° étape

Eric dévore les kilomètres à vélo et s'est lancé un défi : du Mont Saint Michel à Santiago, plus de 1800 kilomètres en 12 jours... Une condition physique au top niveau pour des étapes marathon, sur le goudron, avec un VTT de 25 kg. Une autre manière de faire le chemin….

Textes choisis

ETAPE 5
MERCREDI 07/05/2003

LACANAU OCEAN / MIMIZAN
136 km en 5H18
Moyenne : 25.66 km/h
TOTAL : 824 km

Premier matin difficile avec aucune envie de me lever. J'ai pourtant dormi comme un bébé. Mais comme il est 7H du matin, que j'ai mal partout et que j'entends dehors le vent et la pluie, je n'ai pas trop envie de mettre une roue dehors. Petit déjeuner rapide, les prévisions météo sur la télévision de la salle commune sont peu favorables. Je sais ce qu'il me reste à faire : j'enfile mon k-way et je me lance ! Les premiers kilomètres et les premiers tours de roues sont assez laborieux. Une fois la machine chauffée et la sortie de Lacanau attrapée, je retrouve le vent dans le dos et c'est reparti. En plus la pluie s'arrête. Quelle belle journée pour faire 160km en VTT ! (En, fait il n'y en aura que 136).

Comme hier, je récupère les axes secondaires pour plonger vers le cap Ferret et enfin voir la dune du Pilat, dont je rêve depuis longtemps. J'arrive à 10H45 à l'embarcadaire, soit 2H08 et 56 kilomètres après mon départ de Lacanau. Malheureusement, le prochain bac n'est qu'à 12H30. Ce contre temps m'oblige à une halte forcée mais bienvenue. Je patiente au bord du bassin d'Arcachon face à l'immense dune que je distingue juste en face. Le bassin est très agité et le vent souffle à décorner une "vache landaise" ! J'ai d'ailleurs vu mon premier drapeau basque et mon premier terrain de pelote basque. C'est sûr, je suis sur la bonne route ! Le passage du bac se fait avec le digne héritier du capitaine Haddoc. Un vieux gaillard bien bourru, qui ne veut pas prendre à bord de son bateau mon VTT, si je n'enlève pas les sacoches à l'arrière, raison de sécurité m'affirme-t-il. Je lui explique tant bien que mal que je ne peux pas les retirer ( En fait, je ne veux pas car cela me prendrait beaucoup trop longtemps pour les remettre et retrouver les bons réglages). En outre, elles sont très bien installées comme cela. Finalement, il accepte et je l'aide à installer mon fidèle compagnon sur le pont. Nous voilà embarqués pour la traversée du cap Ferret à Arcachon. Un grain nous rattrape. On se croirait en Bretagne pour un peu !

Sur le bateau, je fais la connaissance de trois Belges qui font également le pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Ils m'ont repéré grâce à la coquille saint-Jacques posée bien en évidence sur mon VTT. Un véritable signe de ralliement qui sert aussi de passeport tout au long de ce voyage. Ils ont une cinquantaine d'année et suivent le véritable itinéraire depuis la Belgique. Chapeau bas messieurs !

Nous prenons une photo ensemble à la descente du bac et je file à la rencontre de la grande dame de sable jaune qui m'attend car j'ai pris deux heures de retard sur mon tableau de marche. La dune du Pilat est là. Impressionnante et majestueuse. Me reviennent en mémoire les images du désert du Sahara que j'ai parcouru lors du marathon des sables et celles du raid des foulées de la soie en Chine avec la fabuleuse étape dans le désert de Gobi en Mongolie. Je laisse le VTT pour faire un peu d'escalade et gravir ce bac à sable géant. Le soleil est de la partie pour une séance photos au sommet ! La vue est vraiment magnifique. D'un côté les vagues de l'océan, de l'autre la forêt des Landes à perte de vue. Je savoure encore un peu ce moment et je redescends rapidement car le compteur temps tourne lui mais pas mon compteur kilométrique !

Je ne sais pas si c'est le sable que j'ai ramené avec moi en souvenir de la dune ou le manque de vent dans le dos mais quand je reprends mon VTT, il me semble peser une tonne ! J'ai les jambes molles et la route n'arrête pas de monter et descendre dans les alentours du Pilat. Qui a dit que la région des Landes était plate ! Je profite de ces quelques lignes pour signaler que la forêt porte encore les stigmates de la dernière tempête. Je n'ai fait que 100 kilomètres pour aujourd'hui et je suis déjà "ko" physiquement et un peu moralement aussi. Ma moyenne baisse, il pleut, la route n'est pas belle et je ne vois pas les kilomètres défiler. Je baisse un peu les bras car je sais que je ne pourrai pas être à Hossegor ce soir comme prévu. C'est également sur cette fin d'étape que j'ai perdu l'occasion de faire ce trajet en moins de 10 jours. Je jette mon dévolu sur Mimizan pour trouver un "home sweet home". Courage encore une trentaine de kilomètres, ce qui correspond à 1H30 pour moi sur le vélo à peu près. J'ai froid, il fait déjà sombre bien qu'il ne soit que 16 heures.

Mimizan arrive enfin ! Je m'arrête à la première terrasse venue et je demande où se trouve l'office du tourisme. A 6km, à Mimizan plage me dit-on ! Impossible pour moi de faire 100 mètres de plus. Je commande un coca et demande les pages jaunes pour trouver un hébergement. Heureuse coïncidence, l'endroit où je me suis arrêté fait aussi hôtel et restaurant. C'est décidé, cela sera ma maison pour ce soir. Pas de chambre avec jacuzzi mais un petit hôtel plein de charme sur la place principale face à l'église ! La douche me fait un peu de bien et mes blessures aux fesses ont l'air de s'arranger. Le dîner aussi me fait du bien ! La salle du restaurant est presque entièrement vide et j'avoue ressentir une certaine solitude. Je suis tout seul depuis cinq jours maintenant, malgré les gens et la vie qui m'entoure. Mais je ne les cotoie pas, je suis comme de l'autre côté d'un miroir sur un chemin parallèle. Je ne parle pour ainsi dire pas durant la journée, mis à part pour demander un hébergement, ce qui se résume à quelques mots seulement. Je pédale sans arrêt comme aspiré vers Saint-Jacques. Je ne pense qu'à cela : atteindre le bout du chemin, arriver, ne pas faiblir, ne pas faillir.

Eric
eric.ide@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/tri-running-sport

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