A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

6° étape

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Eric dévore les kilomètres à vélo et s'est lancé un défi : du Mont Saint Michel à Santiago, plus de 1800 kilomètres en 12 jours... Une condition physique au top niveau pour des étapes marathon, sur le goudron, avec un VTT de 25 kg. Une autre manière de faire le chemin….

ETAPE 6
JEUDI 08/05/2003
MIMIZAN / IRUN ( Espagne )
145 km en 6H27
Moyenne : 22.48 km/h
TOTAL : 970 km

J'ai passé une très bonne nuit dans cet hôtel du centre de Mimizan, qui a l'avantage d'être placé juste sur la route que je dois prendre ce matin. Lors du petit déjeuner, je peux déjà envisager, en regardant par la fenêtre, les premiers tours de roue et cela ne m'enchante guère. Il doit faire 10 degrés, le ciel est vraiment couvert et je vais avoir du vent de face. Une fois sur la route, les kilomètres s'égrainent doucement et ma vitesse, même si elle n'est pas exceptionnelle, reste constante. Je croise deux pélerins au bord de la route avant d'arriver à Bayonne. Se sont deux Finistèriens qui font le chemin à pied jusqu'au cap Finisterre, situé après Saint-Jacques de Compostelle. Quel symbole et surtout quel courage ! A pied et en suivant le vrai chemin je crois que je deviendrais fou. Dès que ma moyenne baisse en VTT, cela m'énerve, alors en y allant à pied je n'ose pas y penser ! Nous n'avons pas le même rapport au temps. J'ai également été doublé par une voiture immatriculée en Ille et Vilaine, qui n'a même pas fait un geste. Pourtant mon drapeau breton est bien visible à l'arrière de mon fidèle destrier, et il y avait le même accroché à son rétroviseur intérieur de voiture. Un Costarmoricain lui, m'a crié par la vitre baissée de sa voiture, un truc comme : " Vive la Bretagne " quand il m'a doublé. C'est idiot mais ça fait plaisir quand on est loin de chez soi comme cela tout seul !

Je remarque aussi des décorations partout sur le bord des routes depuis un bout de temps. Cela doit être typique du Pays basque. Se sont des sortes d'arbres, ou de grands mâts complètement décorés et fleuris, avec comme inscription : " En l'honneur de tes 50 ans " par exemple, ou en ce jour d'Armistice du 8 mai: " En l'honneur de notre municipalité. " Cela n'empêche que les Landes sont toujours aussi monotones et la route ne fait que passer à travers des forêts. Et rien ne ressemble plus à une forêt de pins qu'une autre forêt de pins ! Moi qui aimais les meubles en pin, je vais peut-être revoir la décoration de mon intérieur au retour de ce voyage et opter pour le formica. Oh oui, de grandes forêts de Formica ! Je passe Hossegor et rapidement j'arrive à Bayonne vers 12 heures. Les choses moins drôles commencent car je vais devoir suivre de grands axes, des échangeurs, des rocades pour traverser l'immense zone périurbaine de Bayonne et Anglet. J'arrive enfin à Biarritz en faisant un petit crochet par la grande plage. Le site est très joli, mais comme j'ai un peu froid et que le trajet que je viens de faire au milieu d'une grande circulation m'a épuisé nerveusement, je repars rapidement, après avoir pris quelques photos, par la route de la côte vers Saint-Jean de Luz qui doit être le terme de cette étape.

Et elle monte, et elle tourne cette route de la côte. Cependant, comme je sens que l'arrivée n'est pas loin, je prends cela avec philosophie. J'arrive enfin sur le port de Saint-Jean de Luz. L'office du tourisme est fermé, j'en profite pour me plier à la tradition de mes petites photos habituelles. L'heure n'étant pas trop tardive, comme le kilométrage d'ailleurs, je décide de continuer et surtout de finir en beauté cette descente de la France en allant finalement jusqu'à Hendaye, dernière ville avant la frontière espagnole. De surcroit, je mets un point d'honneur à prendre la route de la corniche. Notre Saint-Malo/Cancale par la route touristique, pour ceux qui connaissent… le vent en plus !

La moyenne n'est pas bonne mais qu'importe, je suis heureux de savoir que j'ai déjà pu réaliser cette descente de la France en longeant la façade atlantique en 6 jours ! La première partie de mon voyage touche à sa fin. La côte est déchiquetée et magnifique. Le vent souffle fort et ajoute à l'apothéose. Personne ne me l'avait dit mais la descente sur Hendaye est vertigineuse. En fait, après 8 km de montagnes russes sur la route de la corniche, je fonds littéralement sur Hendaye à plus de 55km/h ! J'espère qu'il ne va pas falloir freîner brusquement parce qu'avec le poids du chargement sur le VTT, les freins ne répondront pas aussi bien qu'à la normale. Je savoure ce moment de pure vitesse et de bonheur. Le bruit dans mes oreilles et le vent sur mon visage amplifient la sensation de glisse et de vitesse.

Me voilà sur la plage, face à l'océan. Je l'ai fait ! Mais là aussi l'office du tourisme est fermé, donc je sors ma tirade habituelle de fin d'étape : " Un Coca et les pages jaunes, s'il vous plait " afin de chercher un hébergement pour la nuit. Le patron du bar me conseille d'aller vers la gare pour trouver une chambre pas chère. Je m'éxécute et comme je ne trouve rien qui m'inspire, je continue et passe un pont ! C'est le pont de Saint-Jacques avec la coquille et tout et tout dessiné dessus ! Séance photo obligatoire avec des petites mamies espagnoles en goguette et je repars. Pas loin, juste après le pont je vois des camions, des bars et des boutiques, tout cela dans un enchevètrement abracadabrantesque. Je décide d'aller voir. A l'accueil du soi disant hôtel, la jeune fille parle plus espagnol que français, alors je tente un : " Je suis déjà en Espagne, là ? ". " Sí " fut la réponse et un grand sourire béat a sûrement dû illuminer mon visage. Une partie du rêve venait de se réaliser dans ce seul fait d'avoir passé la frontière de quelques centaines de mètres. Cela me redonne des forces d'un coup après ces 2 derniers jours difficiles moralement et physiquement dans les Landes. Un grand coup de fouet psychologique. En plus demain je fêterai les 1000 kilomètres ! Que demandez de plus ?

 

Eric
eric.ide@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/tri-running-sport

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