A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

7° étape

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Eric dévore les kilomètres à vélo et s'est lancé un défi : du Mont Saint Michel à Santiago, plus de 1800 kilomètres en 12 jours... Une condition physique au top niveau pour des étapes marathon, avec un VTT de 25 kg. Une autre manière de faire le chemin….

ETAPE 7
VENDREDI 09/05/2003
IRUN / ESTELLA
146 km en 6H31
Moyenne : 22.40 km/h
TOTAL : 1116 km

Coup du sort, je dois repasser la frontière dans l'autre sens ce matin pour revenir à Hendaye et aller à l'office du tourisme acheter mes cartes routières et retirer de l'argent pour ma deuxième partie de voyage en… Espagne. Une fois cela effectué, je franchis à nouveau la frontière et je prends la direction de Pampelune. La route devient vite étroite avec de nombreux camions et un trafic soutenu. Le port du casque me semble obligatoire aujourd'hui. Cela monte doucement mais sûrement et je longe la vallée de la Bidassoa. Le soleil est au rendez-vous et le paysage est magnifique : soleil, montagne, rivière et... beaucoup de camions !

Le denivelé est de plus en plus sévère et j'accuse le coup lorsque je veux encore prendre une vitesse sur le dérailleur et que je m'aperçois que je suis déjà sur le dernier pignon ! Un grand moment de solitude comme on les aime. L'ascension est vraiment physique et mon compteur de vitesse ne va pas au dessus de 9km/h. C'est juré, je ne regarderai plus jamais le Tour de France comme avant. La montée qui m'a paru interminable prend fin lorsque je pénètre dans un tunnel de 2,5 kilomètres de long qui va me faire basculer de l'autre côté de la vallée. Je suis 847 mètres plus haut déjà. J'ai froid, il fait sombre mais je sais qu'après cela va être la descente tant attendue ! Je vérifie rapidement les lois physiques de la gravité. Montée à 9km/h, descente à plus de 55 km/h. Merci monsieur Newton.

J'atteins la ville de Pampelune après 98 kilomètres et 4H19 de pédalage en pénétrant par la grande porte, comme il se doit dans une cité bimillénaire qui a su conserver son charme. J'y fais 2 expériences importantes : premièrement, il va falloir que je me mette à l'heure espagnole car tout est fermé dans l'après midi. Impossible d'acheter une carte, ou même de boire un café. Deuxièmement, le café justement parlons-en : ils appellent cela un " café solo " et cela remplit à peine le fond de la tasse. Avec une telle mixture je pourrais être à Saint-Jacques de Compostelle en 2 jours seulement !

Après la pause déjeuner, direction Puenta La Reina. La route continue à faire du yoyo et dans une descente j'atteins même 73km/h ! Je suis un peu crispé et très concentré sur le VTT, mais bon après la dernière montée, quel bonheur de dévaler la pente dans ce beau panomara. L'après midi se passe comme ça : monter, descendre, encore monter, toujours descendre !

J'arrive à Puenta La Reina en empruntant la calle Mayor, bordée de demeures seigneuriales et de petits palais. Mais comme je ne trouve pas la ville très accueillante et étant donné mon bon état de forme générale, je décide de continuer jusqu'à la prochaine ville sur ma carte : Estella.Je sors de Puenta la Reina également par la calle Mayor mais surtout en franchissant le célèbre pont qui donne son nom à la ville. Je poursuis mon chemin dans la région de la Navarre en traversant de petites localités pittoresques. Je suis ravi d'avoir continué mon étape jusqu'à Estella, qui se trouve à l'écart de la grande route et qui offre un centre ville ancien très agréable. On la surnomme d'ailleurs la " Tolède du Nord " pour sa richesse en monuments historiques.

J'essaye ma première auberge pour pélerins mais tout est déjà complet malheureusement. On me conseille d'aller voir plus loin ! Je tente ma chance à l'office du tourisme qui me donne quelques adresses. Je jette mon dévolu sur la pension " Christina " en plein centre. L'endoit est difficile à trouver car l'entrée de la pension que rien n'indique clairement est au… 1er étage d'un viel immeuble avec des arcades sur la place de l'église. Je dois monter mon VTT de 25 kg sur mon dos dans le petit escalier. La vieille dame qui tient cette pension ne parle pas un mot de français, ni d'anglais et moi pas un mot d'espagnol. Ce n'est pas gagné ! Heureusement que le langage des mains est universel. La chambre est idéale et donne directement sur une petite ruelle très animée en cette fin d'après midi, typique d'une ville au cœur de l'Espagne.

Après avoir récupéré de mon périple d'aujourd'hui et mis de la pommade où vous savez, je descends et je prends la direction du centre ville pour m'accorder une petite balade sous un beau soleil couchant et me mettre en quête d'un restaurant. Les Espagnols vivent vraiment tard car à 20H30 il m'est impossible de trouver un restaurant ouvert. Je tourne un peu et vers 21H j'atterris dans un bar/snack hyper bruyant et qui se remplit au fur et à mesure de personnes qui, je pense, viennent seulement de finir de travailler ! Le bilan de cette première journée en Espagne est positif car j'ai bien avancé sur le plan kilométrique, et surtout, j'ai récupéré à partir de Pampelune le " Camino Francés ", ce mythique chemin de pélerinage vers Compostelle. Je ne devrais plus le quitter jusqu'à la fin de mon voyage. Il est vrai que je commence à voir de plus en plus de pélerins, essentiellement à pied.

La seule chose négative, c'est que je n'avais pas imaginé la route en Espagne aussi cassante. Le dénivelé va sûrement faire ralentir ma progression et me mettre un coup au moral. Mais la ville de Saint-Jacques de Compostelle se rapprochant toujours un peu plus chaque jour, je m'accroche pour maintenir ma moyenne et boucler ce voyage en un minimum de temps. Il est vrai que j'aurais pu opter pour un vélo de route et ainsi aller encore plus vite mais le postulat de départ était quand même d'emprunter au minimum le réseau routier traditionnel pour privilégier les chemins et pistes, d'où le choix du VTT.

Eric
eric.ide@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/tri-running-sport

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