A VTT sur les chemins de Compostelle
Textes choisis

9° étape

Eric dévore les kilomètres à vélo et s'est lancé un défi : du Mont Saint Michel à Santiago, plus de 1800 kilomètres en 12 jours... Une condition physique au top niveau pour des étapes marathon, avec un VTT de 25 kg. Une autre manière de faire le chemin….

Textes choisis

ETAPE 9
DIMANCHE 11/05/2003
BURGOS / LEON
197 km en 7H41
Moyenne : 25.64 km/h
TOTAL : 1490 km

Nuit moyennement bonne car il y a eu du bruit jusqu'à assez tard à la pension. On est dimanche, alors je fais la "grasse mat" jusqu'à au moins... 7H45 ! Je prépare tout le matériel que je dois remettre sur le VTT, car je n'ai pas pu le garder dans la chambre avec moi cette fois-ci mais dans une pièce voisine. Le temps est très clair avec quelques de petits nuages au loin. Cependant, il fait encore froid le matin et les premiers tours de roue risquent d'être un peu heurtés. Nous sommes dimanche et quelle sensation bizarre de quitter cette ville de plus de 100 000 âmes déserte en cette matinée du 11 mai. Je vois un groupe de pélerins attablé à la terrasse dans un bar ; Voilà mon petit déjeuner est tout trouvé et en plein soleil en plus face à la cathédrale !

Je sors de Burgos par le pont de pierre des " Mlatos " (Malade) qui enjambe l'Arlanzon et je me dirige vers l'Hospital del Rey qui fut l'hôpital le plus important du chemin de Saint-Jacques, avec celui de Compostelle. La route est belle mais la Castille que je traverse ressemble un peu à notre région de la Beauce : Plate et monotone. C'est vrai que vous allez dire que je ne suis jamais content : Quand c'est plat, c'est monotone. Quand ça monte, c'est dur. Quand ça descend, j'ai froid ! Par chance, la température monte rapidement et la tenue s'allège d'autant ! Si je veux être à Léon ce soir (Qui se trouve à environ 200 kilomètres), il va falloir que j'appuie sur les pédales, mais surtout que je coupe au plus court.

Nous sommes dimanche et il est 14H, l'heure ou l'Espagne s'arrête de vivre en quelque sorte. Je fais donc le choix, vu ma position, sur ma carte de prendre un tronçon d'autoroute. 37 kilomètres quand même ; Et à 24km/h de moyenne, il en paraît 10 fois plus je vous assure car des voies rapides tracées pour des véhicules qui filent lancées à plus de 100km/h sont interminables pour moi humble cycliste. Heureusement, tout à une fin, et ce calvaire se termine sans encombre pour moi vu ma petite entorse au code de la route et à la sécurité. Chose que je n'avais pas mentionné auparavant : Le chemin de Compostelle est dangereux. Un pélerin est mort de froid il y a quelques semaines près du col de Ronceveaux et surtout faire plus de 1500 kilomètres sur les routes avec le trafic demande une vigilance et une attention de tous les instants. De plus, avec mon VTT j'emprunte les bas côtés de la chaussée, où tous les débris de la circulation sont rejetés. Mais à ce jour aucun incident n'est à déplorer sur le vélo. Saint-Jacques veille !

J'arrive enfin à Sahagun, où je retrouve le véritable tracé du chemin de Compostelle. C'est une chance car j'étais à cours d'eau potable et de ravitaillement! Cette ville a été construite autour d'un puissant monastère bénédictin dédié à San Facundo ( De là le nom). De sa célébrité passée ne subsistent aujourd'hui que quelques vestiges, comme l'Arco de San Bénito ou la Torre del Reloj. Je fais un arrêt bien mérité sur la place du village, après déjà 130 kilomètres de vélo en seulement 5 heures, J'en profite pour refaire mes réserves en eau, et prendre quelques barres énergétiques. Il reste 70 kilomètres jusqu'à Léon. L'après-midi risque d'être longue mais cela devrait aller. La route n'est pas très belle et j'ai toujours ce petit vent de face fort antipathique qui me force à appuyer sur les pédales et à puiser dans mes réserves. Le seul avantage de mes tours et détours c'est que je traverse de petits villages typiques de la campagne espagnole.

On dirait des villages fantômes car un dimanche après midi en plein soleil et en pleine chaleur en Espagne, il n'y a personne dehors. Il n'y a bien qu'un fou de français pour passer en VTT ! Je récupère l'axe principal qui va m'emmener jusqu'à la capitale de la province, Léon. Il reste une trentaine de kilomètres mais je sens intèrieurement que mon pari est gagné. Je reprends du poil de la bête comme au 42ème kilomètre de mes marathons. Seuls les villages d'Archajuela et Valdelafuente me séparent encore de mon but, mais je vais devoir avant franchir l'Alto del Portillo ( 1200 mètres) couronné par un calvaire moderne et d'où j'apperçois les tours de la cathédrale. La descente se termine au pont du Castro sur le Torio, par lequel j'entre dans l'ancien quartier juif de Léon.

J'arrive ensuite assez rapidement en centre ville et comme tous les jours depuis plus d'une semaine je cherche la cathédrale et ensuite l'office du tourisme qui n'est jamais très loin. Ici à Léon, il est en face ! Pour l'anecdote, en France je cherchais les enseignes Mac Donald ; Ici en Espagne, je cherche les clochers car quand j'en vois un je sais que le prochain village sur ma carte est proche et que l'étape avance. J'atterris dans une pension sur la Plaza Mayor, à une rue de la cathédrale.

Après le rituel de la douche pour enlever la fatigue de la journée, je pars en quête d'un vrai restaurant, parce que cela fait quand même 2 jours que je ne me nourris que de tapas, tortillas et croissants ! Cela ne nourrit pas son cycliste qui soit dit en passant à quand même fait une étape de 197km en 7H41 aujourd'hui. Pour remettre cela dans un contexte plus parlant, c'est comme faire Saint-Malo/Nantes avec un VTT de 25kg sous le soleil et la chaleur avec 1400 kilomètres déjà dans les jambes. Pour tout dire, je suis assez fier de moi ! Demain je fêtrai le 1500ème kilomètre ! La fin du voyage approche, pourvu qu'elle soit belle.

Aucun problème sur le vélo il est vrai, mais en revanche, je n'ai pas pu ce soir retirer de l'argent avec ma carte bancaire, et il ne me reste que quelques Euros en poche. Je me dis que si je ne peux pas retirer de l'argent liquide, je peux au moins payer avec ma carte bleue et je tente le coup car j'ai trop besoin après cette importante étape d'un bon repas. Je trouve enfin une pizzéria mais ils ne commencent le service que dans trente minutes, soit à 20H30. Ils sont vraiment décalés ces espagnols. Je patiente donc au bar avec une bière bien méritée mais qui me saoule aussi un peu dès les premières gorgées. A Saint-Jacques, si j'y arrive, je me ferai une bouteille de vin du pays, c'est juré ! Hips ! Au moment du règlement, je me heurte au même refus de la part de la machine automatique au restaurant et le paiement est refusé. Je me vois contraint d'appeler Barbara, ma sauveuse, au téléphone pour démêler la situation embarrassante dans laquelle je me suis mis. La scène est assez suréaliste, je donne mon téléphone portable à la serveuse pour que Barbara puisse de France lui expliquer en espagnol mon problème. Je suis le spectateur de ce dialogue un peu irréel. Après quelques instants ( Les Espagnoles parlent très vite) le problème est réglé. Je mets ce qu'il me reste en liquide dans la soucoupe et c'est OK ! S'il n'y a pas du Saint-Jacques là dessous ?

J'espère que demain ma carte pourra à nouveau fonctionner et que ce n'est que le solde par semaine qui a été dépassé avec les frais que j'ai dû engager pour les préparatifs de ce voyage. Je retourne à la pension un peu déprimé et désolé pour ce commerçant ! Je me fais la promesse de retrouver son adresse et de lui régler ce que je dois une fois rentré en Bretagne. Je suis tout de même rassuré par la gentillesse et la solidarité dans notre société moderne.

Eric
eric.ide@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/tri-running-sport

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